De loin, quand je l’eus quittée, je me retournai. Elle demeurait immobile, à la même place, les yeux fixés au sol, les mains croisées, pendantes sur son tablier. Un monde de pensées nouvelles se débattait, dans le vieux cerveau, sous la coiffe de tulle.

Et il en sera ainsi pour tous. Rappelez-vous l’admirable pièce de l’Année terrible, où Hugo dit aux Allemands : « Vainqueurs, vous êtes vaincus. Notre génie national vous enveloppe, vous cerne, vous imprègne. Vous importerez de la France en Allemagne. »

Ainsi en est-il aujourd’hui, sauf que c’est nous qui laisserons ici le germe de la justice, l’empreinte de la vérité, la noble fièvre d’enthousiasme et d’abnégation que charrient nos veines... et dont nous mourrons peut-être !

A Dieu-vat !

INCORRIGIBLES !


Rennes, 4 septembre 1899.

Tandis que M. le général Gonse bafouille et que M. le général Roget blêmit ; que les sous-Roget (Lauth, Yunck, Cuignet, etc.) jappent aux trousses de la défense, pour retarder sa marche en avant dans ce labyrinthe de mensonges souvent puérils, toujours odieux ; que des chefs militaires — « Face à l’ennemi ! » — font l’autruche ou font le zèbre pour échapper à la vérité ; celle-ci, tantôt lentement, tantôt par à-coups, surgit, se délivre des obstacles, se dégage des ténèbres, apparaît distincte et quelque peu brutale.

Elle ne fait pas honneur à ces messieurs ! En fait de bleus, il n’en est pas que de petits, dans l’affaire : au fond de son puits, et pour l’empêcher d’en sortir, la pauvre déesse a reçu de sérieuses raclées. Elle en porte les marques ; et déjà, sur ce qu’on voit d’elle, l’empreinte de quelques poignes apparaît. Demi-étranglée, demi-étouffée, c’est bataille encore pour la tirer à peu près sauve de leurs mains.

La séance d’aujourd’hui a été, sous ce rapport, particulièrement instructive.