Des ombres aussi s’effacent contre les murs, agents attachés, pour leur sauvegarde, à la personne de quelques familiers des agapes journalières.
Quand les voitures ont fini de rouler, emmenant le contingent des invités occasionnels, et que la conversation fait halte, Pandore seul, du bruit de ses cent pas, aller et retour, rompt le silence.
Comme des prisonniers, ou des officiers supérieurs ayant droit à la sentinelle, on entend :
Un bruit de bottes, de bottes, de bottes...
Tragédie de Shakespeare qu’orchestre parfois Offenbach !
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Dans la salle close, les voilà tous assis : Picquart, Jaurès, Basch, Gabriel Monod, Gast, Leyret, Turot, Hild, Monira, Psichari, Viviani, Stock, Desmoulins, Barbet, etc. ; ceux qui passèrent : les docteurs Reclus, Brissaud, Widal ; ceux qui passent : Mirbeau, Laroche, Molinier, Havet, Corday, Navarre ; — hier, Pozzi, gloire universelle ; ce soir, Julien Benda, nouveau venu dans la notoriété demain, n’importe quel grand esprit d’où qu’il se soit orienté vers la lumière.
Les propos volent, spirituels ou passionnés, gais ou graves, s’élevant toujours, peu à peu, vers des conceptions supérieures. La belle voix de Jaurès claironne son rire — « Et ton rire, ô Kléber » — puissamment retentit. Georges Picquart, doucement, discute. Quelque savant disserte, établit la relation des effets aux causes, dans le débat qui nous occupe.
C’est un banquet de Girondins en liberté et pour qui la menace de la mort compterait moins encore qu’elle ne compta, jadis, à la Conciergerie.
On se moque de la laideur, et de la haine, et du mensonge, et de la force marchant contre le droit. On stigmatise d’un trait les défections, les défaillances.