Souvent, tous se taisent devant l’éloquence d’un seul. Il parle comme devaient parler les apôtres, alors que suspects, au fond des Catacombes, se réunissaient les premiers chrétiens. On écoute : la foi, le désir d’héroïsme vous gonflent le cœur.
Quelqu’un heurte à la porte : c’est, venant du Sud ou du Nord, de l’Est ou de l’Ouest, quelque pèlerin qui s’est acheminé vers cette table d’auberge où l’on rompt le pain de vérité.
Il entre, s’assied, se tait... Mais les sermons sont courts ; un mot de parisianisme brise le charme, modernise la bataille.
Alors on s’en va. Devant, derrière, les agents battent l’estrade, scrutent les haies, les recoins suspects. Les soirées, très douces, très lumineuses, prêtent à la songerie. De beaux vers vous chantent à la mémoire. En masse, on reconduit les plus menacés.
Les mains s’étreignent, on se sépare : dans quelques heures on se retrouvera, au pied de l’estrade où gît, raidi d’orgueil, ce crucifié décloué qu’est Dreyfus.
Et je pense qu’un jour, quelque destin que les dieux nous gardent, il y aura dans cette auberge, — comme dans celle de Saint-Jean-l’Hospice où Charles-Albert fit halte — une inscription disant que là se réunirent les défenseurs de la Justice, les tenants de la Vérité... et que nos enfants, puis leurs enfants, exprès venus, la regarderont songeurs, fiers d’être de notre sang !
RÉQUISITOIRES
Rennes, 7 septembre 1899.
Grâce à Dieu, notre bonheur a passé notre espérance — quand M. le Commissaire du Gouvernement a parlé !