Tout maître incontestable qu’il fût, j’ai même eu quelques prises de bec avec celui-là. Car il ne faut pas qu’on s’y trompe : je ne suis pas une thuriféraire, une admiratrice aveugle et sans restriction. Dans beaucoup de ses œuvres, il est des passages qui me choquent, en tant que femme, et sur lesquels j’exprimerais bien plus librement mon avis, si c’était le jour de la montée au Capitole.

Mais chaque fois que j’ai refermé un de ses livres, en faisant le bilan de mes impressions, l’enthousiasme a tellement dépassé la désapprobation que celle-ci en demeurait négligeable et insignifiante.

Oui, l’accouchement d’Adèle, dans Pot-Bouille, me déplaisait — mais qu’étaient ces dix pages, auprès des trois cents autres, de satire admirable contre la caste au pouvoir !... Oui, dans Germinal, il était, peut-être, d’inutiles constatations — mais quel plaidoyer en faveur de la misère, du pauvre bétail à grisou ! Oui, dans la Terre aussi, des choses me répugnaient — mais la grêle, la moisson, la pluie, les foins, toutes les exhalaisons du sol, toutes les vapeurs de l’eau, tous les souffles du ciel, on en avait, par la puissance du verbe, goûté le mirage, éprouvé la sensation.

Il n’y a que « Jésus-Christ », au sujet duquel je reste intraitable... et attristée. Même si cela se rencontra, au réel, qu’un tel bonhomme portât un tel nom, il ne fallait pas le lui laisser ; froisser tant d’âmes aimantes, croyantes, puériles si l’on veut, mais dans le sens du respect, de la foi, et de l’amour !


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Donc, je ne suis pas aveuglée par la passion, hypnotisée par une dévotion sans frein ni borne. Je demeure bien maîtresse de mon jugement, je discute, j’apprécie, — nul fétichisme n’entrave l’exercice de mon libre arbitre, de l’esprit d’examen qui veille en moi constamment.

Et l’on me croira si je dis que ce Zola nouveau, dont mes yeux suivent les jeux de physionomie, dont mon oreille enregistre les modulations de voix, se révèle, s’affirme tel que je ne le connus jamais.

Oh ! sa barbe n’a rien de prophétique ; nulle frénésie ne l’agite en trémolos ! Il n’est pas violent, il n’est pas haineux : et ceux qui lui ont prêté de grossières imprécations ont menti. C’est, au contraire, la simplicité et la sérénité même. Il a accompli ce qu’il croit son devoir... il a donc ce qui accompagne toujours pareille certitude : la paix de la conscience. Et sans solennité — avec une bonhomie souriante, indulgente, à peine teintée de mélancolie.

Mais ses prunelles larges, mordorées, limpides, derrière le binocle, rayonnent de la flamme intérieure de sa conviction ; mais sa parole basse, sans dissonances, résolue et discrète, est empreinte d’irrésistible persuasion.

Et, tandis qu’il cause, assis tranquille, envisageant toutes les responsabilités personnelles de son acte et prêt à les subir toutes, un détail amusant me frappe, en ce dépisteur d’énigmes : son nez !