Sous le Christ, c’est le crâne en pomme et le visage «n boule de M. le Président Delegorgue — tout rond. Dans l’entre-fenêtre, c’est la figure tirée, maussade et morne de M. l’avocat-général Van Cassel — tout long.
Dans les couloirs, Esterhazy rôde, fui de tous, comme un chien galeux.
Dans le prétoire, c’est (après l’interrogatoire des prévenus, Perrenx et Zola) le tirage au sort des jurés ; la lecture de la plainte du Ministre de la Guerre, servant d’acte d’accusation qui, retient quinze lignes sur quinze pages ; l’exposé du ministère public ; la demande d’instruction des experts.
Celle-ci est formulée par un avocat dont on ne voit pas la figure, à peine un coin de moustache, et qui baragouine avec une voix de décapité parlant.
O rencontres du sort ! Revanches du destin ! C’est M. Cabanes, ex-substitut à Montbrison, qui demanda — et obtint — la tête de Ravachol !
Voici ensuite épistolairement l’effrénée dérobade des témoins militaires.
Le Président a refusé l’autorisation de comparaître au général Billot; lequel l’a refusée au général Mercier ; lequel l’a refusée à X... ; lequel l’a refusé à Z.... etc. Ça peut aller comme cela jusqu’au caporal de garde !
M. le commandant du Paty de Clam se récuse...
— Sa présence est indispensable, dit Me Labori d’une voix tranchante, comme changée, d’une voix blanche que nuance quelque chose d’indéfinissable. Il nous le faut : son audition s’impose.
Et il dépose des conclusions dans ce sens.