Mais M. Van Cassel semble tenir non moins à l’abstention de M. du Paty de Clam. Et il sollicite le rejet des conclusions.
— Quelle passion de lumière, en toute cette affaire !... s’exclame ironiquement Labori.
Et il spécifie, quant au témoin tant disputé (objet présentement d’une plainte de M. le lieutenant-colonel Picquart), quels faits le relient étroitement à la cause présente. Les deux officiers fréquentaient la famille de Comminges. Sur les deux dépêches signées l’une « Speranza », l’autre « Blanche », adressées, à Tunis, à M. le lieutenant-colonel Picquart, dans l’intention évidente de lui nuire et de le compromettre, l’une est attribuée à un tiers, l’autre fut attribuée à mademoiselle Blanche de Comminges.
Or, c’était un faux. M. Picquart en accuse M. du Paty de Clam, d’où la plainte.
On avait quelques raisons de méfiance.
Pour faire rendre à la famille de Comminges une correspondance que détenait M. du Paty de Clam, il fallut l’autorité de M. le général Davout et l’intervention de M. Lozé, alors préfet de police. Encore tout ne fut-il pas rendu d’un coup. Il avait été gardé une lettre, au pouvoir, était-il objecté, d’une tierce personne, en demandant 500 francs.
C’était une dame voilée qui, en 1892, s’en dessaisissait au Cours-la-Reine ! Que l’on se rappelle, en 1898, la dame voilée de M. Esterhazy, au même lieu, dans les mêmes conditions — et l’on verra qu’elle est de l’état-major !
D’autres témoignages sont également requis par la défense et l’audience s’achève dans le calme qui sied à de tels débats.
Néanmoins, quelques aboyeurs ayant été apostés à la grande grille, la voiture de Zola quitte par le quai des Orfèvres. On distingue par la vitre, débordant de la pochette, comme un immense bouquet bleu : les cinq cents télégrammes arrivés cet après-midi.
Des camelots passent criant les journaux où, d’ores et déjà, le nom, l’adresse et la profession des jurés sont désignés à l’attention publique : la croix blanche sur les portes !