Non loin, en face de la Tour de l’Horloge, boulevard du Palais, au flanc du Tribunal de Commerce, une affiche est apposée. C’est la réhabilitation de Pierre Vaux, innocent, mort au bagne, condamné par erreur il y a quarante-sept ans, — « chose jugée », dont a triomphé la Justice.
II
LA JOURNÉE DU BÂILLON
8 février.
Une phrase qui tombe et retombe, avec l’absolutisme mécanique d’un piston de machine : « La question ne sera pas posée. »
Elle hache tout le débat, le martèle, le seconde ; indique bien, par la répétition du rythme en leit-motiv, quels sont l’accord impérieux des volontés, l’harmonie tacite entre les complicités et les effrois.
Dans l’assistance, M. Henri Rochefort, ricanant, dévisage Émile Zola; s’efforce à surprendre s’il souffre ; et si sa dignité saigne, et si sa fierté défaille...
Madame Dreyfus comparait, si étonnamment ressemblante d’allure générale, avec ses bandeaux plats, son air de réserve, à madame Carnot, plus jeune.
Que son mari soit ou ne soit pas coupable, elle et les enfants sont bien réellement des victimes. Elle n’est pas de ma religion, pas de ma race même, si l’on veut : mais les Chinois non plus, qu’on m’a fait racheter jadis par le Sou de la Sainte-Enfance, ni les noirs, sur qui m’ont fait tant pleurer Bernardin de Saint-Pierre et Beecher Slowe, n’étaient point de ma race ! Et si je n’aime pas plus la couleur de leur peau que je n’aime, en général, l’esprit juif, ce ne m’était pas raison à approuver qu’on les suppliciât !
Et c’est vraiment une suppliciée, cette pseudoveuve, au nom déshonoré ! Ici même, aujourd’hui, cela se continue. Elle a dû affronter tous les regards, traverser toutes les malveillances pour venir à la barre, immobile, muette, tiraillée entre la défense et l’accusation, l’une voulant qu’elle parle et l’autre qu’elle se taise.