Elle est vêtue de noir, presque de deuil ! Sa jaquette d’astrakan, cependant bien simple, offusque quelques charitables « aryennes ». L’une se penche et dit à sa voisine, exprès assez haut, sur le passage de la malheureuse, pour être entendue d’elle :
— C’est, sans doute, la dernière pelisse de son mari ! (sic.)
M. Esterhazy, hier présent, aujourd’hui absent, par lettre déclare qu’il estime n’avoir pas à répondre à la citation de M. Zola, « simple particulier », suivant « une voie révolutionnaire ».
Ah ! celui-là !... je le rappelle, c’est de l’avoir vu juger, au Cherche-Midi, que j’ai commencé de croire à l’innocence de Dreyfus !
M. Leblois dépose, fluet, mince, desservi par la faiblesse de son aspect et la débilité de son accent. Toutefois, aucune variante n’infirme ses dires, très nets, très formels : quant aux faits pour lesquels Georges Picquart, son ami, recourut à lui comme avocat : le piège des télégrammes « Blanche » et « Speranza. »
Et Marcel Prévost tient M. Leblois, son compagnon presque d’enfance, pour une des âmes les plus scrupuleuses qu’il soit possible de rencontrer. Il soutient de faits ses affirmations ; cite, à l’appui de ses dires toute une carrière de devoir, de dévouement et d’abnégation.
M. Scheurer-Kestner, robuste, haut, droit comme un sapin des Vosges sous la neige de Noël, se dresse à son tour à la barre. Il a bien l’aspect sombre et sain des arbres de là-bas ; et sa voix est profonde et grave comme le vent qui s’engouffre dans les défilés.
On lui reproche de ne pas être espiègle : on a raison. Mais était-il nécessaire qu’il le fût ?
Avec lui, l’Alsace, le protestantisme, sont en suspicion : l’une et l’autre s’étant passionnées pour cette cause. Il est des gens qu’il fait rêver de dragonnades ailleurs que dans les Cévennes... les fervents de Saint-Barthélemy !
Remarquez cela : quiconque n’est pas catholique, ici, est suspect.