Puis il dit ce que nous savons déjà, son enquête avec l’assentiment des chefs toujours ; l’exclamation de M. Bertillon devant l’écriture Esterhazy : « Ah ! cette fois, ce n’est plus la similitude (écriture Dreyfus), c’est l’identité ! » ; sa conviction grandissante ; l’exactitude des fac-similés du bordereau publié dans la presse ; dès lors l’affolement d’Esterhazy — et les innombrables secrets rapprochements tendant établir la culpabilité de ce dernier !
Il nous répète aussi l’histoire des lettres Speranza, des petits bleus destinés à le compromettre ; il souligne cette anomalie de la Libre Parole des 15, 16, 17 novembre, signalant, le mercredi, des faits passés en Afrique, dont le récit, par correspondance, ne devait arriver à Paris que le vendredi.
C’est le comble de l’information !
Il dit encore l’étrange manière dont il fut traité ; la perquisition faite chez lui, témoin (alors qu’on ne perquisitionnait pas chez l’accusé !) hors sa présence ; toutes les calembredaines dont il eut la stupeur de rencontrer la répercussion en l’esprit du général de Pellieux ; toutes les amertumes dont il fut abreuvé.
Mais s’il en témoigne quelque surprise attristée, il s’en tient au récit strict. Pas une plainte, pas une velléité de blâme ni de révolte. Il objectera même à Labori, sur une interrogation, qu’il ne peut être relevé de son silence que par M. le général Billot.
Ce n’est guère là l’attitude d’un « casseur de vitres », ainsi qu’on l’avait obligeamment annoncé.
Ce que M. Lauth lui impute à crime — l’effacement des déchirures sur reproductions photographiques — on l’a fait pour le bordereau ! on le fait toujours, pour éviter de préciser la source des trouvailles. Moi qui ne suis qu’une femme, et qu’une profane, j’ai bien compris !
L’original, reconstitué, recollé, reste intact : s’il y a matière à juger, on juge d’après. Mais les fac-similés nécessaires à répartir, pour recherches complémentaires, sont, autant que possible « départicularisés ».
Il n’a parlé de ses recherches — et cela seulement à cause de l’intrigue qu’il sentait nouer autour de lui— à son avocat-conseil, Me Leblois, qu’en juin 1897 ; il ne lui a jamais communiqué de dossiers secrets, de quelque nature qu’ils puissent être ; il n’a point souvenir de l’incident du cachet de poste dont il aurait voulu faire dater le petit bleu Esterhazy ; quant aux « cambriolages » chez celui-ci, ils se sont bornés, l’appartement étant à louer en l’absence du locataire, à deux visites d’agent, dans une période de six semaines.
Que nous voilà loin des racontars !