Et comme on s’explique les chaleureux applaudissements qui ont escorté le témoin !


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C’est à la reprise d’audience que le débat est devenu pathétique; quand, par brèves répliques, souvent lentes à formuler (car le lieutenant-colonel Picquart dans l’excessif souci de ne rien dire de trop, prenait le temps de réfléchir), le complot contre sa sûreté, peut-être même davantage, est apparu au grand jour.

La mission ? Problématique. En tout cas, pas indispensable. Et elle le mène à Gabès, au fin fond de la Tripolitaine, et elle l’eût menée bien plus loin encore, bien plus loin, sans l’intervention spontanée du général Leclerc, souhaitant de nouveaux ordres à son endroit.

Puis sont venues les confrontations, avec MM. Gribelin et Lauth. Les contradictions que l’on sait, seront tranchées demain, sans doute, par la recomparution du lieutenant-colonel Henry.

Quant à MM. de Pellieux et Ravary, l’un a entendu contester de la façon la plus formelle, au nom du droit, des textes, la légalité de la perquisition faite rue de Villarceau ; l’un et l’autre ont dû convenir que soit pour l’enquête, soit pour le rapport, ils s’étaient contentés, sans plus approfondir, de la version Esterhazy.

On écoute, et lorsqu’ensuite, le commandant Ravary, ingénument, riposte à Albert Clemenceau : « Notre justice n’est pas la vôtre » on est préparé à l’aveu — personne ne songe à s’en émouvoir ni à s’en récrier.

C’est par une longue ovation au colonel Picquart que s’est terminée la première partie de l’audience. Mais l’exaspération de certains ne saura pas se contenir : entre temps, on dénonce, on calomnie, on assassine !

Des avocats s’étant mêlés, pour ou contre, à ladite ovation, un zélé (on sait son nom) court désigner les premiers au bâtonnier. Un officier supérieur ayant protesté d’une voix forte : « Mais crier vive Picquart, c’est crier à bas l’armée ! » on s’empresse de détacher les quatre derniers mots et d’attribuer l’exclamation, ainsi dénaturée à un assistant.

C’est aussi exact, cependant, que le fameux : « A bas la France ! » que ne clama jamais le malheureux Genty, roué de coups et dégommé de son emploi sous ce prétexte.