Et le fait était établi !

M. Ranc le souligne ironiquement, dans l’hommage qu’il rend à Zola. M. Pierre Quillard traduit quelles furent nos impressions, à tous, aux récentes audiences du Cherche-Midi.

Et c’est le tour de Jaurès.

Oh ! la superbe harangue, tout enflammée de généreuse colère et d’une maîtrise de déduction incomparable !

Emporté par son élan, il finit par s’adosser au tribunal pour s’adresser à l’auditoire ; et sa voix, son geste, sa force d’argumentation, l’irrésistible magie de sa phrase, domptent quiconque est capable d’en ressentir la puissante beauté.

Lui aussi assistait à ce mémorable procès Esterhazy !

Et il dit sa stupeur du huis-clos, quant aux expertises d’écriture ; de l’attitude prise envers le lieutenant-colonel Picquart — cette substitution sans précédents du témoin à l’accusé !

Il dit l’absence d’enquête, quant à la dame voilée, quant au document, soustrait par qui, rapporté comment ? Pourquoi n’a-t-on pas arrêté Esterhazy le restituant — si on ne le lui avait pas fait tenir, non comme une cartouche, mais comme un cordial ?

C’est d’une beauté d’éloquence et d’une puissance de logique qui forcent même les adversaires à l’admiration, presque à l’enthousiasme.

Et quand il conclut à la suprématie de la défaite dans la vérité sur la victoire dans le mensonge ou l’erreur, vraiment le prétoire est devenu le Forum.