Chacun des jurés a reçu une feuille où sont reproduits le bordereau, une lettre de Dreyfus, une lettre d’Esterhazy. Tandis que le démonstrateur, sur le tableau noir, trace à la craie le signe graphique dont il traite, les assistants peuvent vérifier, sur le spécimen en leur possession, les ressemblances signalées.

Tout l’abécédaire y passe ; et, sans la moindre complication inutile, sans technicité fatigante, l’opération s’effectue, la preuve se dégage absolument.

Et M. Louis Franck d’une voix forte, atteste, jure.

Ces deux écritures émanent d’une seule et même personne : celui qui a écrit le bordereau ne peut être que M. Esterhazy !

Le témoignage de M. Grimaux, professeur honoraire à l’École de médecine, professeur à l’École polytechnique, a été bien poignant.

Tout vibrant de patriotisme, le vieillard qui fut, à l’École polytechnique, l’instructeur de tant de nos officiers ; qui, en 1870, abandonna un poste à l’abri du danger pour venir prendre sa part du péril, a des accents d’émotion qui font frissonner la salle en racontant quelle pression, quelle intimidation furent exercées contre lui.

Le général Billot, tout d’abord, présenta un décret de révocation au Conseil des Ministres. Il ne le retira que devant la résistance de ses collègues.

Ensuite M. Billot, il y a un mois, écrivit au général commandant l’École polytechnique pour lui demander « si M. Grimaux n’avait pas pris part à des manifestations hostiles contre l’armée ».

— Moi ! crie le vieux savant que les larmes étouffent, moi, moi !

Et, dans un mouvement d’aussi belle éloquence, ma foi, que l’évocation des ancêtres de Don Ruy Gomez, il appelle à soi tous les siens tombés sur les champs de bataille... depuis le grognard de Napoléon qui fut son aïeul, jusqu’au pauvre enfant qui fut son neveu récemment tué au Soudan.