Puis il dit comment, dénoncé par la Libre Parole (qui, huit mois auparavant, l’avait traité de « juif renégat passé au protestantisme », alors qu’il est catholique) il fut menacé, après trente-quatre ans de service, d’être révoqué pour avoir, en si noble et si nombreuse compagnie, signé la pétition qui demandait à la Chambre de maintenir la garantie légale du citoyen.
Une ovation est faite à M. Grimaux, car son témoignage qu’on voulait empêcher, ainsi fait envers et contre tous, est un acte de courage civique dont peu de gens seraient capables.
Avant de quitter le prétoire, il a tenu à serrer la main de Zola, qu’il voyait pour la première fois — comme on a l’autre jour, devant moi, présenté le colonel Picquart à l’auteur de Germinal.
Quel drôle de « syndicat » tout de même, où l’on ne se rencontre qu’après l’action !
C’est M. Havet, professeur au Collège de France, qui a succédé. Quel dommage qu’il parle ainsi, en fin de séance, alors que la fatigue alourdit les cerveaux ! Car ce qu’il dit est de premier ordre, comme puissance de déduction.
Au point de vue graphique, orthographique, grammatical, il n’a pas une seconde d’hésitation : le bordereau est d’Esterhazy.
Il démonte les phrases, en explique le mécanisme, et, de la contexture des textes, fait surgir la conviction. Dreyfus écrivait le français très correctement. Le bordereau, les lettres d’Esterhazy, sont de même tournure, ont la même marque de fabrique.
— C’est pensé en langue étrangère, dit M Havet. Et, ma foi, quand on songe aux lettres à madame de Boulancy, il y paraît !
Paris est pacifique, il semble se ressaisir. Mais les intéressés supporteront-ils cela ?