» Je demande alors à parler... Je répéterai le mot si typique du colonel Henry ; on veut la lumière : « Allons-y ! »
» Au moment de l’interpellation Castelin, il s’est produit un fait que je tiens à signaler. On a eu, au Ministère de la Guerre, la preuve absolue de la culpabilité de Dreyfus. Et cette preuve, je l’ai vue !
» Au moment de cette interpellation, il est arrivé, au Ministère de la Guerre, un papier dont l’origine ne peut être contestée et qui dit — je vous dirai ce qu’il y a dedans : « Il va se produire une interpellation sur l’affaire Dreyfus. Ne dites jamais les relations que nous avons eues avec ce juif. »
» Je l’affirme sur mon honneur, et j’en appelle à M. le général de Boisdeffre pour appuyer ma déposition.
» Voilà ce que je voulais dire. »
Sur le visage de celui qui sait tout, quelque chose d’indéfinissable a passé. Et dans la foule des exclamations, des cris, des bravos, des défis, des insultes, nous demeurons irréductibles, méfiants, dans l’attente...
Labori, Clemenceau se dressent au banc de la défense :
— Cette pièce, qu’on l’apporte ! Le fait est postérieur au jugement de 1894. Il n’y a pas de huis-clos. Un document, quel qu’il soit, ne constitue pas une preuve, s’il n’a pas été discuté. Les affirmations, les paroles de soldat ne suffisent pas ! C’est trop d’équivoques à la fin.
Mais les généraux sont lancés.
— La revision ? s’écrie M. de Pellieux. La communication de la pièce secrète n’est pas prouvée !