Que croire ? Qui trompe-t-on ici ?

On n’arrive même pas à savoir si le lieutenant-colonel Picquart fut, oui ou non, délégué au procès Dreyfus par le ministre de la Guerre. On n’obtient, des trois témoins, que l’assentiment du silence.

Quant au rapport d’Ormescheville, dont, paraît-il, la publication fut incomplète, le point s’éclaircira plus tard. [1]

La contradiction flagrante relevée au sujet de la date du bordereau a passionné les esprits ; pendant la suspension d’audience, se tient un véritable meeting.

Mais quelle fureur de prosélytisme agite donc tous ce gens-là ! J’ai une petite idée, moi aussi, mais sans la démangeaison de la faire partager à personne. On ne convainc pas, dans le charivari des querelles, le tohubohu des gestes, la mise en scène des colères ou des indignations.

Tandis que des injures et presque des horions s’échangent, trois vers de Hugo me chantent en mémoire :

Oh ! je sais qu’ils feront des mensonges sans nombre,
Pour s’évader des mains de la vérité sombre !
Qu’ils s’en iront en disant : « Ce n’est pas moi, c’est lui ! »

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A la reprise d’audience, M. le général de Pellieux s’est avancé vers la barre.

— La défense a lu tout à l’heure, publiquement, un passage du rapport du commandant d’Ormescheville qui n’avait été lu en 1894 qu’à huis-clos.