Que s’est-il donc passé  ?

Ceci.

Depuis le début du procès, l’élément militaire est outré d’avoir à comparaître et à répondre, d’être assimilé, sous le joug de la loi commune, à l’élément civil.

De jour en jour, cette exaspération n’a fait que grandir. Habitués à exercer une autorité presque sans limites, à ne rencontrer jamais aucune sorte de résistance, les officiers ont pris toute question pour une offense et toute réserve dubitative pour un outrage personnel.

Les commentaires de la presse, les manifestations de l’auditoire, les potins de corridor, ont envenimé le malentendu, préparé l’éclat.

Toutefois, quel qu’en fût leur énervement, les généraux avaient supporté, sans briser les vitres, les confrontations avec des « pékins ». Mais, aujourd’hui, ils se sont rencontrés à la barre, contradictoirement, avec un subordonné, leur égal devant la justice !

De quelque façon respectueuse que le soldat remplit son devoir de citoyen, on s’imagine sans peine les révoltes de la hiérarchie, les colères de l’autorité !

Là constatation d’une équivoque, d’une confusion, quant à la date du bordereau, est venue encore attiser l’incendie, mettre le feu aux poudres !

C’était après la fin de la démonstration de M. Moriaud ; la douce réapparition de Couard et de Varinard ; un retour agressif de M. de Pellieux ; les témoignages de MM. Géry et Héricourt, d’une science si approfondie et concluant ainsi que leurs collègues.

Quand, soudain d’une controverse apparut ceci : Tout le monde croyait, dans les bureaux de la guerre que le bordereau était d’avril ; les généraux, aujourd’hui, attestent qu’il est de fin septembre ; et le rapport d’Ormescheville le faisait remonter à février.