— Comment expliquez-vous que le fac-similé de 1896, presque conforme, d’après vous, à l’original, reproduise l’écriture d’Esterhazy, dont personne alors ne parlait ?
C’est le coup du journal de Teyssonnières ! Tout le monde, par double vue et sortilège, avait pressenti Esterhazy !
Mais ces assauts, si intéressants qu’ils puissent être, se ressentaient du préambule : de la menace formulée par M. de Pellieux, et aussi de l’effet produit par le lapsus qui lui avait fait dire, parlant de Dreyfus « Coupable, ou non. »
Soit, la confrontation de M. Paul Meyer, avec l’illustre Couard (lequel a apporté un rapport sur la substitution de l’étendard de Jeanne Hachette, à Beauvais, pour établir que le bordereau n’est pas d’Esterhazy !), et où le professeur s’est contenté de dire à l’élève, avec une bonhomie malicieuse, « qu’il n’était pas gentil » ; la très intéressante déposition technique de M. Paul Moriaud, regardé de travers, parce que Suisse, comme hier, l’avait été son émule d’égal mérite, M. Louis Franck, parce que Belge — sont demeurées au second plan devant la gravité de cette intervention armée, usant de la peur comme moyen d’intimidation.
Jugez donc en paix, bons jurés ! Tâchez de maintenir l’équilibre entre le respect de votre conscience et le souci de votre sécurité.
Dehors, personne toujours. On n’a pas encore eu le temps de prévenir...
X
LA JOURNÉE DU « COUP DE MASSUE »
17 février.
Une séance inénarrable, telles que durent être les assises du tribunal révolutionnaire ; un auditoire soulevé de passions diverses, échangeant des invectives, tout prêt d’en venir aux mains — et, pour les quelques rares observateurs en possession de leur calme, doués d’un peu de philosophie, un spectacle de démence dont les mots ne sauraient que faiblement rendre l’inanité.