Voici les arbitres : le général de Luxer, président, dont la correction est réellement impeccable ; les colonels de Ramel et Bougon ; les lieutenants-colonels Marcy et Gaudelette ; les commandants Cardin et Rivals. Puis les juges suppléants : le colonel Bailloud ; le lieutenant-colonel Paquin ; le chef de bataillon Rapine du Nauzet de Sainte-Marie.
Voici le défenseur : Me Tézenas, dont la nerveuse silhouette, dans la robe noire épaulée d’hermine, se détache en valeur sur le mur gris; ses secrétaires, Mes Jeanmaire et Brun.
Voici l’accusé Marie-Charles-Ferdinand Walsin-Esterhazy.
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Une physionomie étrange, pas laide, pire peut-être, de condottiere florentin. Un animal de proie, à coup sûr ; une tète d’oiseau, au grand nez en bec, aux cheveux courts et plats ramenés en avant, à l’ossature saillante — l’œil embusqué profondément dans l’orbite, sous l’auvent d’épais sourcils.
Il n’est pas grand, cet œil, sans éclat et sans expression ; mais d’une vivacité de mouvement tout à fait bizarre. Il va, vient, furette sans cesse, aux aguets sous la paupière baissée, ou comme tapi derrière les cils, inquiet, au sens nerveux du mot.
Il correspond assez exactement aux brisures de la voix, hachée menue, avec des inflexions volontairement persuasives — et inattendues !
Car ni le regard, ni l’accent, ne s’accordent avec l’allure extérieure. Entre ceux-là et celle-ci, quelque chose détonne, déconcerte. On souhaiterait de la brusquerie, presque de la brutalité... et l’on ne rencontre qu’une particulière élégance, des colères à blanc, des indignations à froid.
Cependant, on devine que l’homme est un violent ?...
Je ne mets en ceci nulle perfidie : il serait inutile d’en chercher. Je rencontre une énigme vivante, je l’étudie : voilà tout.