Je n’ai pas dit assez l’écrasante besogne qu’accomplit, en quatorze jours, le défenseur qui plaide là. Il fit tête à tout et à tous; accumula les conclusions dressa, pour l’avenir, à la grande stupeur des imbéciles, le monument juridique qui survivra aux événements... quand ceci sera de l’Histoire.

Maintenant, à pleines voiles, couvert par la liberté de la défense, et selon les instructions de Zola, il abandonne celui-ci, pour refaire, pour reprendre le procès de 1894.

Il remonte jusqu’aux origines ; il en déploie les phases, comme un manteau de ténèbres où l’œil hésite à plonger.

Il refrène son éloquence, ainsi qu’on mate un cheval trop fougueux ; il l’oblige à parcourir au pas, à tout petits pas, le chemin suivi jadis par l’accusation — chemin oblique, chemin tortueux !

Et, dès l’origine, il faut le reconnaître, quelque chose d’insolite apparaît. Ce suspect n’est même pas traité en prévenu : il est traité en condamné.

D’emblée.

Le 13 octobre, on le convoque à se rendre le surlendemain au ministère.

Le 14 (donc sans l’avoir vu ni entendu), on signe l’ordre d’arrestation et on a fait préparer sa cellule au Cherche-Midi.

Le 15, afin de renforcer le dossier, trop faible, paraît-il, et d’obtenir une preuve davantage concluante, M. du Paty de Clam imagine la fameuse dictée, puéril stratagème, insuffisant vraiment à déterminer le déshonneur et la perte d’un officier français.

Puis, le 29 suivant et le 1er novembre, par des indiscrétions aucunement imputables à la famille — d’abord ignorante (seule madame Dreyfus savait, et M. du Paty de Clam lui avait interdit de parler) ensuite intéressée à ce que rien ne s’ébruitât et ne devînt irréparable ; enfin, plus portée à choisir des confidents favorables qu’hostiles, — la Libre Parole, l’Éclair, étaient mis au courant, y mettaient le public.