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Sextus Julius Frontin
LES QUATRE LIVRES DES STRATAGÈMES
Traduction et notes
par
M. CH. BAILLY
Table des matières
NOTICE SUR FRONTIN ET SUR SES ÉCRITS.
PRINCIPALES ÉDITIONS DE FRONTIN.
PRÉFACE SUR LES TROIS PREMIERS LIVRES.
LIVRE PREMIER.
I. Cacher ses desseins.
II. Épier les desseins de l'ennemi.
III Adopter une manière de faire la guerre.
IV. Faire passer son armée à travers des lieux occupés par l'ennemi.
V. S'échapper des lieux désavantageux.
VI. Des embuscades dressées dans les marches.
VII. Comment on paraît avoir ce dont on manque, et comment on y supplée.
VIII. Mettre la division chez les ennemis.
IX. Apaiser les séditions dans l'armée.
X. Comment on refuse le combat aux soldats, quand ils le demandent
intempestivement.
XI. Comment l'armée doit être excitée au combat.
XII. Rassurer les soldats, quand ils sont intimidés par de mauvais présages.
LIVRE SECOND.
PRÉFACE.
I. Choisir le moment pour combattre.
II. Choisir le lien pour le combat.
III. De l'ordre de bataille.
IV. Déconcerter les dispositions de l'armée ennemie.
V. Des embûches.
VI. Laisser fuir l'ennemi, de peur que, se voyant enfermé, il ne
rétablisse le combat par désespoir.
VII. Cacher les événements fâcheux.
VIII. Rétablir le combat par un acte de fermeté.
IX. De ce qu'il convient de faire après le combat. Si l'on a été heureux,
il faut terminer la guerre.
X. Si l'on a essuyé des revers, il faut y remédier.
XI. Maintenir dans le devoir ceux dont la fidélité est douteuse.
XII. Ce qu'il faut faire pour la défense du camp, lorsqu'on n'a pas assez
de confiance en ses forces.
XIII. De la retraite.
LIVRE TROISIÈME.
PRÉFACE.
I. Des attaques soudaines.
II. Tromper les assiégés.
III. Avoir des intelligences dans la place.
IV. Des moyens de réduire l'ennemi par famine.
V. Comment on fait croire que l'on continuera le siège.
VI. Ruiner les garnisons ennemies.
VII. Détourner les rivières, et corrompre les eaux.
VIII. Jeter l'épouvante parmi les assiégés.
IX. Attaquer du côté où l'on n'est pas attendu.
X. Pièges dans lesquels on attire les assiégés.
XI. Des retraites simulées.
XII. De la défense des places. Exciter la vigilance des soldats.
XIII. Donner et recevoir des nouvelles.
XIV. Faire entrer des renforts et des vivres dans la place.
XV. Comment on paraît avoir en abondance les choses dont on manque.
XVI. Comment on prévient les trahisons et les désertions.
XVII. Des sorties.
XVIII. De la résolution des assiégés.
LIVRE QUATRIÈME.
PRÉFACE.
I De la discipline.
II. Effets de la discipline.
III. De la tempérance et du désintéressement.
IV. De la justice.
V. De la fermeté de courage.
VI. De la bonté et de la douceur.
VII. Instructions diverses sur la guerre.
NOTICE SUR FRONTIN ET SUR SES ÉCRITS.
Frontin [Sextus Julius Frontinus] était préteur à Rome (prætor urbanus) l'an 70 de l'ère chrétienne, sous le règne de Vespasien, 823 ans après la fondation de la ville. Telle est, dans l'ordre chronologique, la première donnée qui s'offre à nos recherches sur la vie de l'auteur dont nous publions la traduction, et nous en sommes redevables à Tacite. Toute la vie antérieure de Frontin reste ignorée, même la date et le lieu de sa naissance. Sur la foi du titre manuscrit d'un ouvrage qui lui a été attribué, des critiques ont été tentés de croire qu'il était né en Sicile; mais de pareils documents, qui n'ont pas la moindre valeur historique, ne sauraient fixer un instant l'attention. Un point qui a encore exercé les critiques, est celui de savoir si Frontin, en vertu de son nom de Julius, appartenait à cette grande famille Jvlia, qui faisait remonter son origine jusqu'à Iule, petit-fils d'Énée; ou si, ne pouvant le rattacher à cette illustre race, on serait du moins fondé à le comprendre dans les familles anoblies par les empereurs. Le savant Poleni surtout, qui a commenté avec tant de soin le de Aquæductibus de Frontin, paraît tenir beaucoup à ce que son auteur ait été patricien. Verum nil tanti est, dirons-nous avec Horace: nous nous contenterons d'avancer, sur de valides témoignages, qu'il a été un des hommes les plus distingués de son temps; et nous le reprendrons où nous l'avons d'abord trouvé, c'est-à-dire au moment de sa préture.
On ignore depuis combien de temps il exerçait cette magistrature, lorsque, en l'absence des deux consuls T. Fl. Vespasien et Titus César, il convoqua le sénat aux calendes de janvier de l'an de Rome 823. Il abdiqua peu de temps après, mais à une époque qu'on ne saurait préciser, et Domitien lui succéda: «Calendis januariis in senatu, quem Julius Frontinus, præetor urbanus, vocaverat, legatis exercitibusque ac regibus, laudes gratesque decretæ… Et mox, ejurante Frontino, Cæsar Domitianus præturam cepit[1].» Nous n'avons rien de certain sur les causes de cette abdication. Les circonstances étaient difficiles les révoltes récentes des Gaulois et des Bataves n'étaient point apaisées; le parti des Vitelliens remuait encore; d'un autre côté, on craignait l'ambition du proconsul Pison, qui, gouvernant en Afrique, eût volontiers émancipé à son profit cette province, d'où le peuple romain tirait une grande partie de son approvisionnement. Frontin, sur qui pesait toute la responsabilité des affaires, puisque les consuls étaient loin de Rome, a-t-il reculé devant cette grave situation? Ou bien a-t-il, dans le but de complaire à Vespasien, résigné ses fonctions en faveur de Domitien, second fils de l'empereur? Ce dernier motif nous paraît le plus probable. Il est même permis de conjecturer que Domitien convoitait cette dignité: car, aussitôt que le poste fut vacant, il s'en empara, selon l'expression de Tacite; et, au dire de Suétone[2] il se fit donner en même temps la puissance consulaire: «Honorem præturæ urbanæ cum potestate consulari suscepit.»