3 Agésilas, roi de Lacédémone, dont le camp était placé sur le bord d'une rivière, en face de celui des Thébains, s'étant aperçu que l'armée ennemie était beaucoup plus nombreuse que la sienne, et voulant ôter à ses soldats le désir de livrer bataille, leur annonça que les réponses des dieux lui ordonnaient de combattre sur les hauteurs. Alors il laissa une faible troupe vers le fleuve, et gagna la colline. Les Thébains, prenant cette manoeuvre pour un effet de la crainte, traversent la rivière, mettent facilement en fuite ceux qui en défendaient le passage; mais, s'étant élancés avec trop d'ardeur vers le reste de l'armée, ils ont le désavantage du terrain, et sont défaits par des troupes inférieures en nombre.
4 Scorylon, général des Daces, sachant bien qu'une guerre civile divisait les Romains, mais ne jugeant pas à propos de les attaquer, parce qu'une guerre étrangère pouvait rétablir la concorde entre les citoyens, mit aux prises deux chiens en présence de ses compatriotes; et, tandis que ces animaux se battaient avec le plus d'acharnement, il leur montra un loup, sur lequel ils se jetèrent aussitôt, déposant leur animosité réciproque. Par cet apologue, il dissuada les barbares d'opérer une attaque qui aurait tourné au profit des Romains.
XI. Comment l'armée doit être excitée au combat.
1 Pendant la guerre contre les Étrusques, l'armée des consuls M. Fabius et Cn. Manlius s'étant mutinée, et se refusant à combattre, ces chefs affectèrent eux-mêmes de temporiser, jusqu'à ce que les soldats, irrités des insultes de l'ennemi, eurent demandé le combat, et juré d'en revenir victorieux.
2 Fulvius Nobilior, étant dans la nécessité de livrer bataille, avec peu de monde, à une armée de Samnites, nombreuse et fière de ses succès, feignit d'avoir gagné une des légions ennemies; et, pour en convaincre ses troupes, il prescrivit aux tribuns, aux premiers officiers et aux centurions, de lui apporter tout ce qu'ils avaient d'argent comptant, ou d'objets d'or et d'argent, pour payer les transfuges, promettant d'ajouter, après la victoire, d'amples récompenses au remboursement des sommes prêtées. Les Romains le crurent, engagèrent sur-le-champ le combat avec autant d'ardeur que de confiance, et remportèrent une éclatante victoire.
3 C. César, étant sur le point de combattre les Germains commandés par Arioviste, et voyant le courage de ses troupes abattu, les rassembla et leur dit que dans cette circonstance la dixième légion seule marcherait à l'ennemi. Par là, il stimula cette légion, en lui rendant le témoignage qu'elle était la plus brave, et fit craindre aux autres de lui laisser à elle seule cette glorieuse renommée.
4 Q. Fabius, convaincu que les Romains avaient trop de fierté pour ne pas s'irriter d'un affront, et n'attendant rien de juste ni de modéré de la part de Carthage, envoya[45] des députés dans cette ville pour proposer la paix. Ils en rapportèrent des conditions pleines d'injustice et d'insolence; et dès lors l'armée romaine ne respira plus que le combat.
5 Agésilas, ayant établi son camp près d'Orchomène, ville alliée de Lacédémone, et apprenant que la plupart de ses soldats allaient déposer dans cette place ce qu'ils avaient de plus précieux, défendit aux habitants de rien recevoir de ce qui appartenait à son armée: il pensait que le soldat combattrait avec plus d'ardeur, quand il se verrait dans la nécessité de défendre tout ce qu'il possédait.
6 Épaminondas, général des Thébains, étant sur le point de livrer bataille aux Lacédémoniens, et voulant tirer parti, non seulement de la vigueur, mais encore de toutes les affections de ses soldats, leur annonça en pleine assemblée que les Lacédémoniens avaient résolu, s'ils étaient vainqueurs, de massacrer les hommes à Thèbes, d'emmener comme esclaves les femmes et les enfants, et de raser la ville. Cette nouvelle exaspéra les Thébains, qui, au premier choc, mirent les Lacédémoniens en déroute.
7 Leutychidas, général lacédémonien, étant sur le point de combattre, le jour même que ses alliés[46] gagnaient une bataille navale, déclara à ses soldats, pour leur inspirer plus d'ardeur, et bien qu'il l'ignorât encore, qu'on venait de lui annoncer la victoire des alliés.