8 Dans un combat[47] contre les Latins, A. Postumius, voyant apparaître deux jeunes hommes à cheval, releva le courage des siens en disant que c'étaient Castor et Pollux qui venaient à leur secours, et rétablit ainsi le combat.
9 Archidamus, de Lacédémone, étant en guerre avec les Arcadiens, plaça au milieu de son camp des armes autour desquelles il fit secrètement marcher des chevaux, pendant la nuit. Le lendemain il montra les pas à ses soldats, et leur persuada que Castor et Pollux étaient venus à cheval dans ce lieu pour les soutenir pendant le combat.
10 Périclès, général athénien, aperçut, au moment de livrer bataille, un bois d'où l'on pouvait être en vue des deux armées, bois très épais, vaste et consacré à Pluton. Il y aposta un homme d'une grande taille, augmentée encore par de très hauts cothurnes, et dont le manteau de pourpre et la chevelure inspiraient de la vénération. Debout sur un char attelé de chevaux blancs, cet homme devait, au signal du combat, s'avancer, appeler Périclès par son nom, l'encourager, et lui annoncer que les dieux étaient du côté des Athéniens. À la vue de ce prodige, les ennemis prirent la fuite avant même qu'on lançât le javelot.
11 L. Sylla, voulant inspirer du courage à ses troupes, leur fit croire que les dieux lui révélaient l'avenir. En présence même de toute l'armée, et au moment de sortir du camp pour combattre, il adressait des prières à une petite statue, qu'il avait enlevée à Delphes, et la suppliait de hâter la victoire qu'elle lui avait promise.
12 C. Marius avait auprès de lui une prophétesse[48] de Syrie, dont il feignait de recevoir les prédictions sur l'issue des combats.
13 Q. Sertorius, qui avait une armée de barbares, sans raison et sans discipline, menait à sa suite, dans la Lusitanie, une biche blanche d'une beauté remarquable; et, afin que ses ordres fussent observés comme s'ils émanaient du ciel, il assurait que cette biche l'avertissait de ce qu'il devait, faire et de ce qu'il devait éviter.
Les ruses de ce genre ne peuvent être employées que lorsqu'on connaît l'ignorance et la superstition des hommes auxquels on s'adresse; mais il est bien préférable d'en imaginer qui soient de nature à pouvoir être prises réellement pour des manifestations divines.
14 Alexandre le Grand, au moment d'offrir un sacrifice, se servit d'une teinture pour tracer dans la main que l'aruspice allait porter sur les entrailles des victimes, certaines lettres qui signifiaient qu'il serait vainqueur. Le foie, encore chaud, ayant reçu promptement ces caractères, Alexandre les fit voir aux soldats, et accrut par là leur courage, comme si un dieu lui eût promis la victoire.
15 L'aruspice Sudinès en fit autant, lorsqu'Eumène était sur le point de livrer bataille aux Gaulois.
16 Épaminondas, général thébain, persuadé que ses troupes marcheraient avec plus de confiance contre les Lacédémoniens, si un motif religieux les animait, enleva pendant la nuit les armes suspendues en trophées dans les temples, et fit entendre aux soldats que les dieux les suivaient pour les secourir dans le combat.