3 Minucius Rufus, serré de près par les Scordisques et les Daces, qui lui étaient supérieurs en nombre, détacha quelques cavaliers et des trompettes, sous la conduite de son frère, avec ordre, aussitôt que le combat serait engagé, de se montrer tout à coup sur un autre point, et de faire sonner la charge. Au bruit des trompettes, qui était augmenté par l'écho des montagnes, l'ennemi, persuadé qu'il arrivait des forces considérables, fut effrayé et se retira.

4 Le consul Acilius Glabrion, ayant engagé un combat près des Thermopyles, contre le roi Antiochus, qui se rendait en Achaïe avec son armée, lutta en vain contre le désavantage des lieux, et eût été même repoussé avec perte, si Porcius Caton, alors consulaire, et nommé par le peuple tribun des soldats, n'eût fait un détour pour aller débusquer les Étoliens des sommets du Callidrome, où ils avaient pris position, et ne se fût montré tout à coup sur une colline qui dominait le camp du roi. Les troupes d'Antiochus en prirent l'épouvante: attaquées des deux côtés à la fois, elles furent mises en déroute, et leur camp resta au pouvoir des Romains.

5 Le consul C. Sulpicius Peticus, sur le point d'en venir aux mains avec les Gaulois, envoya secrètement les valets de l'armée, avec des mulets, sur des hauteurs voisines, d'où ils devaient, une fois l'action engagée, se mettre en vue des combattants comme un corps de cavalerie. Les Gaulois, croyant que des renforts arrivaient aux Romains, se retirèrent au moment où ils étaient presque victorieux.

6 Marius, ayant dessein de livrer bataille aux Teutons le jour suivant, près d'Aquæ Sextiæ[66], envoya, pendant la nuit, Marcellus prendre position de l'autre côté de l'armée ennemie, avec un petit détachement de cavaliers et de fantassins, qu'il fit paraître plus nombreux en y joignant des valets et des vivandiers armés, avec la plus grande partie des bêtes de somme, équipées de manière qu'on pût les prendre pour de la cavalerie. Cette troupe, qui avait l'ordre de descendre dans la plaine derrière l'ennemi, aussitôt qu'elle verrait commencer le combat, inspira une telle frayeur aux Teutons par son apparition soudaine, que ces ennemis si redoutables prirent la fuite.

7 Dans la guerre des fugitifs, Licinius Crassus, au moment de ranger son armée en bataille, près de Calamarque, contre Castus et Gannicus, généraux des Gaulois, fit passer de l'autre côté d'une montagne ses lieutenants C. Pomptinius et Q. Marcius Rufus, avec douze cohortes. Quand le combat fut engagé, ces troupes descendirent derrière l'armée ennemie, en poussant de grands cris, et y jetèrent un tel désordre, qu'elle prit la fuite sur tous les points, sans pouvoir se reformer.

8 M. Marcellus, craignant que l'on ne jugeât par les cris des soldats qu'ils étaient en petit nombre, ordonna aux valets de troupes, aux esclaves, et aux gens de toute espèce qui le suivaient, de crier en même temps. Cette apparence d'une grande armée épouvanta l'ennemi.

9 Valerius Lévinus, ayant tué un simple soldat dans un combat qu'il livrait à Pyrrhus, leva son épée ensanglantée, et fit croire aux deux armées qu'il avait tué le roi. Aussitôt les ennemis, persuadés qu'ils avaient perdu leur chef, et consternés par cette imposture, rentrèrent avec effroi dans leur camp[67].

10 Dans un combat contre C. Marius, en Numidie, Jugurtha, qui avait appris la langue latine en séjournant dans les camps romains, courut devant sa première ligne, et cria en latin qu'il venait de tuer C. Marius, ce qui fit prendre la fuite à un grand nombre des nôtres.

11 Myronide, général athénien, ayant livré bataille aux Thébains, et voyant que le succès était douteux, s'élança tout à coup vers l'aile droite de son armée, et s'écria que l'aile gauche était déjà victorieuse. Cette nouvelle donna de l'ardeur aux Athéniens, et épouvanta l'ennemi, qui perdit la victoire.

12 Crésus fit marcher une troupe de chameaux contre la cavalerie ennemie, qui était plus forte que la sienne; les chevaux, effrayés de l'aspect et de l'odeur de ces animaux, renversèrent leurs cavaliers et allèrent se rejeter sur l'infanterie, dont ils causèrent aussi la défaite.