4 Hannibal, à la bataille de Thrasymène, voyant que les Romains combattaient avec une extrême opiniâtreté, parce qu'ils étaient investis, leur ouvrit un passage à travers les rangs de son armée; et, pendant qu'ils fuyaient, il en fit un grand carnage, sans perte de son côté.

5 Antigone, roi de Macédoine, tenant assiégés les Étoliens, qui, en proie à la famine, avaient tous résolu de chercher la mort dans une sortie, leur laissa la retraite libre, apaisa ainsi leur fougue, et, quand ils eurent pris la fuite, il les poursuivit et les tailla en pièces.

6 Agésilas, roi de Lacédémone, ayant livré bataille aux Thébains[78], et s'étant aperçu que, enfermés par la disposition des lieux, ils se battaient en désespérés, fit ouvrir les rangs de son armée pour faciliter la retraite aux ennemis; puis, lorsqu'il les vit en fuite, il reforma son corps de bataille, les chargea en queue, et les défit sans éprouver aucune perte.

7 Le consul Cn. Manlius ayant trouvé, au retour d'une bataille, son camp au pouvoir des Étrusques, mit des postes devant toutes les issues. L'ennemi alors, se voyant enfermé, engagea le combat avec tant de fureur, que Manlius lui-même y perdit la vie. Aussitôt que ses lieutenants s'en aperçurent, ils dégagèrent une des portes pour donner passage aux Étrusques. Ceux-ci s'enfuirent en désordre, et rencontrèrent. Fabius, l'autre consul, qui les défît entièrement.

8 Thémistocle, après la défaite de Xerxès, empêcha les Grecs de rompre le pont de bateaux de l'Hellespont[79], et montra qu'il était plus sage de chasser de l'Europe ce prince, que de le forcer à combattre par désespoir. Il le fit même avertir du danger qu'il courait s'il ne se hâtait de fuir.

9 Pyrrhus, roi d'Épire, avait fermé les portes d'une ville qu'il venait de prendre d'assaut; mais, s'étant aperçu que les habitants, ainsi enfermés et réduits à la dernière nécessité, se défendaient avec résolution, il leur laissa la retraite libre.

10 Le même roi recommande, dans les préceptes de stratégie qu'il a laissés, de ne pas presser à outrance un ennemi qui est en fuite, non seulement de peur que la nécessité ne le force à rétablir le combat et à se défendre avec plus de courage, mais encore pour qu'il plie une autre fois plus volontiers, sachant que le vainqueur ne s'attachera pas à le poursuivre jusqu'à entière destruction[80].

VII. Cacher les événements fâcheux.

1 Dans un combat que le roi Tullus Hostilius avait livré aux Véiens, les Albains désertèrent l'armée romaine et gagnèrent les hauteurs voisines. Voyant ses troupes consternées de cet événement, le roi s'écria que les Albains agissaient par ses ordres, pour envelopper l'ennemi. Ce mot jeta l'épouvante parmi les Véiens, releva le courage des Romains, et fixa de leur côté la victoire qui leur échappait.

2 L. Sylla, voyant le maître de sa cavalerie, à la tête d'une troupe assez considérable, passer, pendant le combat, du côté de l'ennemi, déclara que c'était d'après son ordre. Par ce moyen, non seulement il dissipa la frayeur qui s'emparait de ses soldats, mais encore; il ranima leur ardeur, par l'espérance de l'avantage qui devait résulter de ce stratagème.