4 On reprochait à Scipion l'Africain de ne pas aimer à se battre: «Ma mère, répondit-il, a fait en moi un général, et non un soldat.»

5 C. Marius, provoqué par un Teuton à un combat singulier, lui dit que, s'il était désireux de mourir, une corde pouvait mettre fin à sa vie. Comme le barbare insistait, Marius lui montra un vieux gladiateur, dont la petite taille inspirait le mépris, et lui dit: «Quand tu auras vaincu cet homme, je combattrai contre toi.»

6 Q. Sertorius, sachant par expérience qu'il ne pouvait résister aux forces réunies des Romains, et voulant le prouver aux barbares ses alliés, qui demandaient témérairement le combat, fit amener en leur présence deux chevaux, l'un plein de vigueur, l'autre extrêmement faible, auprès desquels il plaça deux jeunes gens qui offraient le même contraste, l'un robuste, l'autre chétif; et il ordonna au premier d'arracher d'un seul coup la queue entière du cheval faible, au second de tirer un à un les crins du cheval vigoureux. Le jeune homme chétif s'étant acquitté de sa tâche, tandis que l'autre luttait inutilement avec la queue du cheval faible: «Soldats, s'écria Sertorius, je vous ai montré, par cet exemple, ce que sont les légions romaines: invincibles quand on les prend en masse, elles seront bientôt affaiblies et taillées en pièces, si elles sont attaquées séparément.»

7 Le consul Valerius Lévinus, qui avait une grande confiance en ses troupes, ordonna de promener dans son camp un espion que l'on y avait surpris; et, pour intimider les ennemis, il déclara qu'il leur permettait de faire observer son armée par leurs espions toutes les fois qu'ils le voudraient.

8 Le primipile Célius, qui, après la défaite de Varus, en Germanie, servit de général à notre armée investie par les barbares, craignait que ceux-ci n'approchassent de ses retranchements du bois qu'ils avaient amassé, et n'incendiassent son camp. Il feignit de manquer de bois lui-même, et, envoyant de tous côtés des soldats pour en enlever, il réussit à faire éloigner de là, par les Germains, tous les troncs d'arbres qu'ils y avaient réunis.

9 Dans un combat naval, Cn. Scipion lança sur les vaisseaux ennemis des vases remplis de poix et de résine, dont la chute devait faire un double mal, et par leur pesanteur, et par les matières inflammables qu'ils répandaient.

10 Hannibal enseigna au roi Antiochus[133] à jeter sur les vaisseaux ennemis de petits vases pleins de vipères, pour épouvanter les soldats, et leur faire abandonner le combat et la manoeuvre.

11 Prusias recourut à ce moyen au moment où sa flotte commençait à fuir.

12 M. Porcius, ayant pris de vive force un vaisseau carthaginois, fit main basse sur ceux qui le montaient, donna leurs armes à ses soldats, qu'il revêtit de leurs dépouilles; et, trompant l'ennemi par ce déguisement, il parvint à couler à fond plusieurs de leurs navires.

13 Les Athéniens, dont le territoire était de temps en temps ravagé par les Lacédémoniens, profitèrent des jours pendant lesquels on célébrait, hors de leur ville, les fêtes de Minerve, pour sortir avec toute l'apparence du culte ordinaire, mais avec des armes cachées sous leurs habits. Au lieu de rentrer à Athènes quand leurs cérémonies furent achevées, ils allèrent tout à coup se jeter sur le pays des Lacédémoniens au moment où ceux-ci craignaient le moins cette irruption, et ravagèrent à leur tour les terres de ces ennemis, qui avaient si souvent dévasté les leurs.