24 Tib. Gracchus ayant déclaré que ceux des esclaves volontaires[135] de son armée qui se montreraient braves recevraient leur liberté, et que les lâches seraient mis en croix, quatre mille d'entre eux, qui avaient combattu avec peu d'ardeur, s'étaient réunis sur une colline fortifiée, par crainte du châtiment. Il leur envoya dire que tout le corps des volontaires était victorieux à ses yeux, puisque l'ennemi avait été mis en déroute; et, après les avoir ainsi affranchis des effets de sa menace[136] et de toute crainte, il les reçut dans le camp.
25 Après la bataille de Thrasymène, qui fut si désastreuse pour les Romains, six mille hommes s'étant rendus à Hannibal par une capitulation, il renvoya généreusement dans leurs villes les alliés latins, en leur disant qu'il ne faisait la guerre que dans le but de rendre la liberté à l'Italie[137]: ce moyen lui valut, par leur intervention, la soumission de quelques peuples.
26 Pendant que Cincius, chef de la flotte romaine, assiégeait Locres, Magon répandit le bruit dans notre camp que Marcellus était tué; qu'Hannibal arrivait pour faire lever le siège; et bientôt après des cavaliers, qu'il avait fait sortir secrètement de la place, vinrent se montrer sur les hauteurs qui étaient en vue des remparts. Cet artifice réussit: Cincius, persuadé que c'était Hannibal qui venait, se rembarqua et prit la fuite.
27 Scipion Émilien, au siège de Numance, plaça des archers et des frondeurs, non seulement dans les intervalles des cohortes, mais encore entre les centuries[138].
28 Pélopidas, général thébain, mis en fuite par les Thessaliens, franchit une rivière à l'aide d'un pont volant, qu'il fit brûler ensuite par son arrière-garde, pour ne pas laisser le même moyen de passage à l'ennemi qui le poursuivait.
29 La cavalerie romaine ne pouvant nullement tenir tête à celle des Campaniens, Q. Névius, centurion de l'armée du proconsul Fulvius Flaccus, imagina de choisir dans toutes les troupes les soldats de petite taille qui paraissaient les plus agiles, de les armer de boucliers courts, de casques légers, d'épées, et de sept javelots longs de quatre pieds environ, de les mettre en croupe derrière les cavaliers, et de les faire avancer jusqu'aux murailles[139], où, mettant pied à terre, ils devaient combattre la cavalerie ennemie. Cette manoeuvre fit beaucoup de mal aux Campaniens, surtout à leurs chevaux, qui furent mis en désordre, et notre armée remporta facilement la victoire.
30 P. Scipion, en Lydie, voyant qu'une pluie qui était tombée jour et nuit avait incommodé l'armée d'Antiochus, au point que, non seulement les hommes et les chevaux n'avaient plus de forces, mais encore que les arcs, dont les cordes étaient mouillées, devenaient inutiles, engagea son frère à livrer le combat le lendemain, quoique ce fût un jour néfaste. La victoire fut le résultat de cet avis[140].
31 Pendant que Caton ravageait l'Espagne, une députation des Ilergètes, peuple allié des Romains, vint lui demander du secours. Ne voulant ni les mécontenter par un refus, ni affaiblir ses forces en les divisant, il ordonna au tiers de ses soldats de prendre des vivres et de s'embarquer, mais avec la recommandation expresse de revenir sur leurs pas, en prétextant que les vents étaient contraires. Pendant ce temps, la nouvelle que du secours arrivait rendit le courage aux Ilergètes, et renversa les projets de leurs ennemis.
32 C. César, voyant qu'il y avait dans l'armée de Pompée un grand nombre de chevaliers romains qui, par leur habileté à manier les armes, lui tuaient beaucoup de monde, ordonna à ses troupes de leur porter des coups d'épée au visage et dans les yeux. Il réussit par ce moyen à leur faire prendre la fuite.
33 Les Vaccéens, pressés dans un combat par Sempronius Gracchus, formèrent autour d'eux une enceinte de chariots, dans lesquels ils placèrent leurs meilleurs soldats habillés en femmes. Sempronius, croyant n'avoir affaire qu'à des femmes, s'avança témérairement pour les envelopper; mais ceux qui étaient sur les chariots reprirent l'offensive, et mirent ses troupes en fuite.