En 1560, Montgomery, fuyant sur la Seine, après la prise de Rouen, franchit de la même manière une estacade que l'on avait établie sur le fleuve, pour empêcher l'approche des bâtiments anglais. [32] Cet acte de dévouement de Calpurnius Flaima est rapporté par Florus, liv. II. 2. Tite-Live (liv. XXII, ch. 60), faisant le rapprochement de cette noble conduite et de celle de P. Decius, attribue à Flamma ces paroles ; « Moriamur, milites, et morte nostra eripiamus ex obsidione circumventas legiones. »
Kléber, avec quatre mille hommes, avait attaqué vingt-cinq mille Vendéens. Se voyant débordé par l'ennemi, il dit au colonel Shouadin : « Prends une compagnie de grenadiers, arrête l'ennemi devant ce ravin : tu te feras tuer, et tu sauveras l'armée. - Oui, général, » répond l'officier ; et il périt avec tous ses hommes.
Ces faits rappellent celui de Léonidas et des trois cents Spartiates. [33] Selon le récit de Plutarque, Crassus enferma Spartacus dans la presqu'île de Rhegium, en tirant à l'isthme, d'une mer à l'autre, un fossé de trois cents stades de longueur, sur une largeur et une profondeur de quinze pieds, et Spartacus s'échappa en comblant une partie du fossé avec de la terre, des branches d'arbres, etc. ; mais le biographe ne fait aucune mention des prisonniers que ce général, au dire de Frontin, aurait mis à mort pour faire passer son armée sur leurs cadavres. (Vie de Crassus, ch. XIII.) [34] Darius, sur le conseil de Gobrias, un des grands qui le suivaient, laissa non seulement les ânes dans son camp, mais encore les malades et toute la partie de son armée la moins capable de supporter les fatigues (Hérodote, liv. IV, ch. 134 et 135). Cf. Polyen, Liv. VII, ch. 11, § 4 ; et Justin, liv. II, ch. 5. [35] Ce fait est raconté par Tite-Live (liv. XXII, ch. 16 et 17), par Polybe (liv. III, ch. 93), par Plutarque (Vie de Fabius, ch. VI), par Cornélius Nepos (Vie d'Hannibal, ch. V). Il a été de nos jours taxé d'invraisemblance, et appelé le conte des boeufs ardents. [36] Tite-Live (liv. XXIII, ch. 24) fait le récit de ce stratagème. La forêt Litana était située aux confins de l'Etrurie et de la Ligurie. [37] Metellus avait pris ces éléphants aux Carthaginois dans le combat livré sous les murs de Panorme. [38] Il s'agit ici du passage du Rhône. Tite-Live, tout en rapportant le fait (liv. XXI, ch. 28), semble peu y croire, et pense que les éléphants passèrent plutôt sur des radeaux. [39] De distringendis hostibus. Il y a dans ce chapitre des exemples qui ne répondent pas bien au titre, quelque extension qu'on donne au mot distringendis. [40] « Le plus sûr moyen de diviser les forces de l'ennemi, dit Machiavel (Art de la guerre, liv. VI), est d'attaquer son pays ; il sera forcé d'aller le défendre, et d'abandonner ainsi le théâtre de la guerre. C'est le parti que prit Fabius, qui avait à soutenir les forces réunies des Gaulois, des Étrusques, des Ombriens et des Samnites. » [41] Tite-Live rend compte de ce fait (liv. XXXV, ch. 14), et rapporte un entretien qu'aurait eu Hannibal avec son vainqueur, P. Scipion l'Africain, qui faisait partie de l'ambassade. Cf. Cornélius Nepos, Vie d'Hannibal, ch. VII- VIII. [42] Machiavel fait allusion (Art de la guerre, liv. VI) aux deux derniers exemples de ce chapitre, en les généralisant comme des préceptes souvent applicables. [43] Qui est coupé de monts, de hauteurs (Littré) [44] Machiavel (Art de la guerre, liv. VI) s'est encore emparé de ce récit pour en faire un précepte : « Un point bien important pour un général, dit-il, c'est de savoir habilement étouffer un tumulte ou une sédition qui se serait élevée parmi ses troupes. Il faut, pour cet effet, châtier les chefs des coupables, mais avec une telle promptitude, que le châtiment soit tombé sur leur tête avant qu'ils aient eu le temps de s'en douter. S'ils sont éloignés de vous, vous manderez en votre présence non seulement les coupables, mais le corps entier, afin que, n'ayant pas lieu de croire que ce soit dans l'intention de les châtier, ils ne cherchent pas à s'échapper, et viennent, au contraire, d'eux-mêmes se présenter à la peine. » [45] Ce n'est pas Fabius qui envoya l'ambassade, mais il en fit partie, et montra au milieu des sénateurs carthaginois toute l'énergie d'un Romain. Voyez Tite-Live, liv. XXI, Ch. l8 ; Polybe, liv. III, Ch. 2. [46] Quelques éditions portent Xerxem. J'ai suivi la leçon d'Oudendorp et de Schwebel, qui ont reculé devant l'accord des manuscrits, en imputant à Frontin l'erreur historique qui frappe ici dans le texte. Leutychidas était sur mer, et ce fut lui qui remporta, à Mycale, la victoire attribuée par Frontin aux alliés. De leur côte, ceux-ci, sous le commandement de Pausanias, gagnèrent la bataille de Platée. Voyez Hérodote, liv. IX, ch. 58 et suiv. ; Justin, liv. II, ch. i4 ; Cornelius Nepos, Vie de Pausanias, ch. I, et Vie d'Aristide, ch. II. [47] Il s'agit du combat que se livrèrent Postumius et Mallius, ou Mamilius, près du lac Régille. Tite Live, qui donne le récit du combat (liv. II, ch. 19 et 20), ne parle point de cette apparition merveilleuse. [48] On trouve dans Plutarque (Vie de Marius, ch. XVII) des détails sur cette prophétesse, nommée Martha, et plusieurs faits qui donnent à conclure qu'il y avait chez Marius moins de crédulité que d'adresse à profiter des idées superstitieuses de ses troupes. [49] « Teneo te, terra mater. » Suétone raconte ainsi le fait (Vie de J. César, ch. LIX) : « Prolapsus etiam in egressu navis, verso in melius omine, Teneo te, inquit, Africa. » Des commentateurs ont pensé que Frontin avait confondu ces paroles de César avec celles qu'il attribue à Scipion dans le paragraphe précédent. Il est certain, dans tous les cas, que les mots teneo te ne sont pas dans un rapport bien direct avec l'intention attribuée ici par Frontin à César, de revenir dans le pays d'où il partait. J'ai dû, quant à moi, traduire conformément au texte. [50] Il y a ici une erreur de nom : ce n'est pas T. Sempronius Gracchus, mais P. Sempronius Sophus, qui battit les Picentins, après avoir rassuré ses troupes sur un tremblement de terre. Voyez FLORUS, liv. I, ch. 19. [51] D'après Tite-Live (liv. XLIV, ch. 37), Sulpicius annonça cette éclipse pendant le jour, pour la nuit suivante, en précisant l'heure à laquelle devait commencer le phénomène, et l'instant où il finirait. L'événement ayant été conforme à cette prédiction, les soldats regardèrent la science de Sulpicius comme une inspiration divine. Ce fait s'accomplissait l'an 68 avant notre ère, et, selon Pline (Hist. Nat, liv. 11, ch. 9), Sulpicius Gallus fut le premier Romain qui expliqua la raison des éclipses de soleil et de lune. À une époque beaucoup plus reculée (583 ans avant J.-C.), Thalès de Milet avait prédit l'éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d'Alyatte. [52] Selon Justin (liv. XXII, ch. 6), ce fut une éclipse de soleil ; et Diodore de Sicile, qui affirme la même chose (liv. XX, ch. 5), ajoute que l'obscurité fut assez complète pour que l'on pût, au milieu de la journée, apercevoir les étoiles. [53] Erreur historique. Timothée fut envoyé par les Athéniens, non contre les Corcyréens, mais bien à leur secours, contre les Lacédémoniens, comme le rapporte Diodore de Sicile, liv. XV, ch. 47. Cf. Polyen, liv. VI, ch. 10, § 2.
« Les anciens généraux, dit Machiavel (Art de la guerre, liv. VI) avaient à vaincre une difficulté qui n'existe pas pour les généraux modernes, c'était d'interpréter à leur avantage des présages sinistres. » [54] Il y a dans ce récit une inexactitude. Scipion avait fait sortir des troupes dès la pointe du jour ; mais ce ne fut que vers la septième heure qu'il engagea l'action sur toute sa ligne de bataille. Voyez Tite-Live, liv. XXVIII, ch. 14 et 15.
Tous les livres de tactique ancienne recommandent de faire prendre le repas aux soldats avant la bataille [55] Les Gaulois étaient venus au secours des Samnites. Ce fut dans cette affaire, racontée par Tite-Live (liv. X, ch. 28 et 29), que Decius, collègue de Fabius, se dévoua d'une manière héroïque. [56] « La bataille contre Arioviste a été donnée dans le mois de septembre, et du côté de Belfort. » (Napoléon.) [57] Il semble que cet artifice doive être plutôt attribué à Titus, qui prit Jérusalem. On peut consulter, pour la pratique du sabbat, Dion Cassius, ch. LXVI ; Tacite. Hist., liv. V, ch. 4 ; Justin, liv. XXXVI, ch. 2.
Si l'on en croit Josèphe, les Juifs avaient depuis longtemps obtenu de leurs chefs la permission de combattre le jour du sabbat, parce que leurs ennemis pouvaient profiter de leur observance scrupuleuse pour les attaquer. [58] Polybe (liv. XVIII, ch. 11) indique l'usage que Pyrrhus faisait de cette phalange, dont on trouve déjà une image du temps d'Homère :
« Les plus braves (des Grecs), rangés en bataille, s'apprêtent à recevoir les Troyens et le divin Hector ; ils se serrent lance contre lance, pavois contre pavois ; le bouclier est uni au bouclier, le casque au casque, le guerrier au guerrier. » [59] Vultarnum. Au lieu de ce mot, il faudrait Aufidum, d'après Tite-Live (liv. XXII, ch. 43-46).
Les inconvénients du soleil, du vent, de la pluie, etc., qui sont l'objet d'une recommandation absolue de la part de Végèce (liv. III, ch. 13), ont paru trop peu importants à plusieurs écrivains modernes. Il y a cependant un grand nombre de faits accomplis dans nos dernières guerre, qui viennent à l'appui de l'ancien précepte : nous n'en citerons qu'un. Pendant la campagne de France, le 27 mars 1814, à Connantray, la cavalerie de la garde russe, profitant d'une giboulée qui fouettait violemment le front de l'armée du duc de Raguse et du duc de Trévise, fit une charge générale, et mit les Français en déroute, en leur prenant vingt-quatre pièces de canon. [60] Les tacticiens ont de tout temps recommandé les stratagèmes de ce genre : Miltiade en donna un exemple à Marathon. Voyez Cornelius Nepos, Vie de Miltiade, ch. V. [61] Ces Ibères étaient sans doute des Espagnols mercenaires au service de Carthage. [62] Cette manière d'attaquer de biais l'ennemi n'est autre chose que ce qu'on nomme aujourd'hui l'ordre oblique. Il consiste à réunir des forces considérables contre un point quelconque de la ligne ennemie, de manière à l'anéantir sur ce point, ou à la couper pour la prendre ensuite en flanc et à revers, s'il est possible. Épaminondas passe pour le premier général qui ait adopté ce système d'attaque, auquel il fut redevable des victoires de Leuctres et de Mantinée. On l'appelle oblique, par opposition à l'ordre parallèle, habituellement suivi dans l'antiquité, mais abandonné aujourd'hui. Il y a plusieurs manières d'employer l'ordre oblique : on peut donner sur un point du front de bataille de l'armée ennemie, ou sur deux points à la fois, comme fit Napoléon à Austerlitz, : ou bien on tentera d'enfoncer le centre et de tourner une aile. C'était la manoeuvre de prédilection de l'empereur, à qui elle réussit pleinement à Wagram. Quelquefois, enfin, on attaque simultanément les deux ailes, en les débordant et en les tournant. C'est ce que firent les armées alliées à Leipzig, dans la désastreuse journée du 18 octobre, contre les Français, dont le nombre, il est vrai, égalait à peine le tiers de celui des ennemis.
Plusieurs écrivains ont attribué à Frédéric l'honneur d'avoir, le premier parmi les modernes, remis en vigueur l'ordre oblique ; mais il est prouvé que plusieurs généraux de Louis XIV, entre autres Turenne et Luxembourg, en avaient déjà fait usage. [63] Il est utile de voir à côté de cette description, celle de Tite-Live, qui est plus complète, liv. XXX, ch. 33.
On sait que telle était l'ordonnance habituelle des légions romaines. « Rien n'est plus ingénieux que cette disposition, dit M. Rocquancourt (Cours complet d'art militaire, t. I, p. 98) ; tout y est calculé, tout y est prévu. D'abord les vélites préludent à l'action, en se portant en avant pour retarder la marche de l'adversaire, découvrir ses intentions, épier ses mouvements, masquer ceux de l'armée, et lui donner le temps de prendre ses mesures. Les soldats de nouvelle levée, les hastaires, combattent en première ligue, sous les yeux de toute l'armée, prête à les applaudir ou à les blâmer. Là il faut faire son devoir ou périr : la fuite est impossible à ceux qui seraient accessibles à la peur. Viennent ensuite les principes, plus avancés en âge et plus aguerris que les précédents : dans un clin d'oeil ils ont pu remplacer ceux-ci ou combattre avec eux, en les recevant dans les intervalles de leurs rangs, ou plutôt en se portant à leur hauteur. Enfin paraît un troisième et dernier moyen pour enchaîner la victoire, ce sont les triaires, vieux guerriers que d'honorables cicatrices font distinguer des deux premières classes. Combien ne doit-on pas admirer la répartition et l'arrangement de ces différents combattants ! » [64] Voici le précepte d'Homère :