« Nestor dispose au premier rang les cavaliers et les chars, et derrière, de nombreux et vaillants fantassins, rempart de l'armée ; entre ces deux lignes il place les plus faibles, afin que, même malgré eux, la nécessité les oblige à combattre. » [65] On trouve le récit bien circonstancié de cette grande bataille dans César, Guerre d'Alexandrie, liv. III, ch. 88 et suiv.

« À Pharsale, César ne perd que deux cents hommes, et Pompée quinze mille. Les mêmes résultats, nous les voyons dans toutes les batailles des anciens, ce qui est sans exemple dans les armées modernes, où la perte en tués et blessés est sans doute plus ou moins forte, mais dans une proportion d'un à trois ; la grande différence entre les pertes du vainqueur et celles du vaincu n'existe surtout que par les prisonniers. Ceci est encore le résultat de la nature des armes. Les armes de jet des anciens faisaient, en général, peu de mal ; les armées s'abordaient tout d'abord à l'arme blanche ; il était donc naturel que le vaincu perdît beaucoup de monde, et le vainqueur très peu. Les armées modernes, quand elles s'abordent, ne le font qu'à la fin de l'action, et lorsque déjà il y a bien du sang de répandu. Il n'y a point de battant ni de battu pendant les trois quarts de la journée ; la perte occasionnée par les armes à feu est à peu près égale des deux côtés. La cavalerie, dans ses charges, offre quelque chose d'analogue à ce qui arrivait aux armées anciennes. Le vaincu perd dans une bien plus grande proportion que le vainqueur, parce que l'escadron qui lâche pied est poursuivi et sabré, et éprouve alors beaucoup de mal sans en faire.

Les armées anciennes, se battant à l'arme blanche, avaient besoin d'être composées d'hommes plus exercés : c'étaient autant de combats singuliers. Une armée composée d'hommes d'une meilleure espèce et de plus anciens soldats, avait nécessairement tout l'avantage ; c'est ainsi qu'un centurion de la dixième légion disait à Scipion, en Afrique : « Donne-moi dix de mes camarades qui sont prisonniers comme moi, fais-nous battre contre une de tes cohortes, et tu verras qui nous sommes. » Ce que ce centurion avançait était vrai. Un soldat moderne qui tiendrait le même langage ne serait qu'un fanfaron. Les armées anciennes approchaient de la chevalerie. Un chevalier armé de pied en cap affrontait un bataillon.

« Les deux armées, à Pharsale, étaient composées de Romains et d'auxiliaires, mais avec cette différence que les Romains de César étaient accoutumés aux guerres du Nord, et ceux de Pompée aux guerres de l'Asie. » (Napoléon.) [66] Pour que le détachement envoyé ainsi à l'avance ne fût pas compromis, il fallait que Marius eût la certitude que les Teutons accepteraient la bataille le lendemain, et qu'ils ne feraient aucun changement à leurs dispositions.

« Il ne faut faire aucun détachement la veille du jour d'une bataille, parce que, dans la nuit, l'état des choses peut changer, soit par des mouvements de retraite de l'ennemi, soit par l'arrivée de grands renforts qui le mettent à même de prendre l'offensive et de rendre funestes les dispositions prématurées que vous avez faites. » (Napoléon.) [67] Cela n'est pas exact. La victoire, qui penchait d'abord du côté des Romains, se déclara enfin pour Pyrrhus. Voyez Plutarque, Vie de Pyrrhus, ch. XIV et suiv. ; Florus, liv. I, ch. 18. [68] Polybe, qui raconte ce fait (liv. I, ch. 39 et 40), dit seulement que les éléphants s'avancèrent sur le bord du fossé. Il est difficile de croire qu'il n'y ait pas erreur de la part de Frontin, à moins que ce fossé n'ait été creusé de manière à donner accès aux éléphants, ce qui est peu probable. Voyez Tite-Live, Suppléments de Freinshemius, liv. XVIII, ch. 52 et suiv. [69] Selon Tite-Live (liv. XL, ch. 31), Fulvius resta dans son camp pour le défendre, et chargea Acilius, un de ses officiers, de surprendre celui des Celtibériens. [70] C'était sur le bord de la Seine. Voyez César, Guerre des Gaules, liv. VII, ch. 58 et suiv. [71] Tite-Live (liv. XXII, ch. 27 et suiv.) donne plus de détails sur ce stratagème, et fait apprécier le beau caractère du dictateur Fabius, ainsi que l'inexpérience présomptueuse de Minutius, et son noble repentir. [72] La ruse la plus familière à Hannibal consistait à cacher des troupes qui devaient tomber sur les derrières de l'ennemi quand l'action serait engagée. À. la bataille de Hohenlinden, le 3 décembre 1800, le général Richepanse recourut à un stratagème semblable, en allant s'embusquer avec une division, et contribua ainsi puissamment à la victoire. Cependant il ne faut pas se dissimuler que cet expédient, en général, présente les plus grands dangers au corps détaché, qui, s'il était aperçu, pourrait être écrasé sans aucun moyen de fuir, attendu qu'il se trouve coupé par sa propre manoeuvre. [73] Il faudrait peut-être lire Pharnapatis, comme on le voit dans Plutarque (Vie d'Antoine, ch. XXXIII). Ce général eut dans ce combat le même sort que Labienus, jeune Romain qui avait pris du service chez les Parthes. Celui-ci était neveu du tribun Labienus, qui abandonna le parti de César pour embrasser celui de Pompée. [74] Aujourd'hui Castel Franco, près de Modène. [75] Ces fuites simulées ont souvent réussi dans l'antiquité, parce qu'alors on ne prenait presque jamais la peine de s'éclairer. Il y en a encore quelques exemples notables dans les temps modernes : ainsi, à la bataille de Lens, le grand Condé sut faire quitter à l'archiduc une position excellente, en l'attirant, par une retraite simulée, dans une plaine où la cavalerie eut bon marché de l'infanterie des Impériaux. [76] Cette odieuse trahison est rapportée, avec quelques détails de plus, par Polyen, liv. I, ch. 19. [77] Il s'agit ici du combat de Leucade. [78] Il s'agit ici de la bataille de Coronée. [79] Ce pont avait été construit, par ordre de Xerxès, sur l'Hellespont, près d'Abydos. Voyez Hérodote, liv. VII, ch. 33-36, et surtout liv. VIII, ch. 109 et 110.

L'historien grec pense que Thémistocle ne laissa la retraite libre aux Perses que pour se ménager l'amitié de Xerxès, et s'assurer un asile chez ce roi, en cas qu'il éprouvât dans la suite quelque disgrâce de la part de ses concitoyens, ce qui arriva en effet. [80] Non usque adperniciem fugientibus instaturns victores. À ce précepte de Pyrrhus on peut ajouter celui-ci : « Clausis ex desperatione crescit audacia : et quum spei nihil est, sumit arma formido. Ideoque Scipionis laudata sententia est, viam hostibus qua fugiant, muniendam. » (Vegetius liv. III ch. 21.)

De là vient sans doute la maxime : « Qu'il faut faire un pont d'or à l'ennemi qui fuit. »

Mais c'est une opinion qui a rencontré depuis longtemps des contradicteurs parmi les plus célèbres tacticiens : « Si Dieu vous donnait la victoire, dit l'empereur Léon (Instit. 14), ne vous arrêtez point à cette mauvaise maxime : Vince, sed ne nimis vincas ; ce serait vous préparer de nouvelles affaires, peut-être des retours fâcheux. Profitez de votre avantage, et poussez l'ennemi jusqu'à sa ruine totale. À la guerre, comme à la chasse, c'est n'avoir rien fait que de ne pas achever ce qui était commencé. »

Montecuculli et le maréchal de Saxe pensaient de même. Ce dernier, blâmant le proverbe du pont d'or, qu'il appelle une grave erreur, dit, par une sorte de corollaire, qu'il n'y a de belles retraites que celles qui se font devant un ennemi qui poursuit mollement.

« La force d'une armée consistant dans son organisation, dit M. Rocquancourt (Cours complet d'art militaire, t. IV, p. 352), et celle-ci résultant de l'harmonie et de l'union de tous les éléments entre eux et avec la volonté unique qui les fait mouvoir, on ne saurait pousser trop vivement une armée battue, puisque, après une défaite, cette harmonie entre la tête qui combine, et les corps qui doivent exécuter, est détruite ; leurs rapports, s'ils ne sont entièrement brisés, se trouvent au moins suspendus. L'armée entière n'est plus qu'une partie faible ; l'attaquer, c'est marcher à un triomphe certain. » [81] Il y a ici une double erreur historique. Ce n'est pas le consul M. Fabius qui fut blessé, mais son frère Q. Fabius, qui servait sous ses ordres ; et le combat ne fut pas rétabli par Manlius, mais bien par M. Fabius, le consul. Voyez Tite-Live, liv. II, ch. 46 et suiv. [82] Pour exciter le courage des soldats, les anciens lançaient au milieu des ennemis non-seulement des enseignes ou des étendards, mais encore des armes. [83] Suivant Tite-Live (liv. III, ch. 70), c'étaient les Volsques, et non les Herniques, qui combattaient avec les Èques contre les Romains. [84] Il s'agit plutôt ici de T. Q. Cincinnatus. Voyez Tite- Live, liv. IV, ch. 26-29. [85] Le même fait est rapporté par Tite-Live, liv. VI, ch. 8.