X. Comment on refuse le combat aux soldats, quand ils le demandent intempestivement.
XI. Comment l'armée doit être excitée au combat.
XII. Rassurer les soldats, quand ils sont intimidés par de mauvais présages.
LIVRE PREMIER.
I. Cacher ses desseins.
1 Marcus Porcius Caton, soupçonnant que les villes soumises par lui en Espagne se révolteraient dans l'occasion, sur la confiance qu'elles avaient en leurs murailles, leur prescrivit, à chacune en particulier, de démolir leurs fortifications, les menaçant de la guerre si elles n'obéissaient pas sur le champ; et il eut soin que ses lettres leur fussent remises à toutes le même jour. Chacune des villes crut que cet ordre n'était donné qu'à elle seule. Elles auraient pu s'entendre et résister[15], si elles avaient su que c'était une mesure générale.
2 Himilcon, chef d'une flotte carthaginoise, voulant aborder inopinément en Sicile, ne fit point connaître le lieu de sa destination; mais il remit à tous les pilotes des tablettes cachetées[16] portant l'indication de la partie de l'île où il voulait qu'on se rendît; et il leur défendit de les ouvrir, à moins que la tempête ne les éloignât de la route du vaisseau amiral.
3 Caïus Lélius, allant en ambassade près de Syphax[17], emmena avec lui des centurions et des tribuns qui, sous l'habit d'esclaves et de valets, lui servaient d'espions, entre autres L. Statorius, que quelques-uns des ennemis semblaient reconnaître, parce qu'il était venu souvent dans leur camp. Lélius, pour déguiser la condition de cet officier, lui donna des coups de bâton comme à un esclave.
4 Tarquin le Superbe, jugeant qu'il fallait mettre à mort les principaux citoyens de Gabies[18], et ne voulant confier ses ordres à personne, ne fit aucune réponse au messager que son fils lui avait envoyé à ce sujet; mais, comme il se promenait alors dans son jardin, il abattit avec une baguette les têtes des pavots les plus élevés. L'émissaire, congédié sans réponse, rendit compte au jeune Tarquin de ce que son père avait fait en sa présence; et le fils comprit qu'il devait immoler les premiers de la ville.
5 C. César, suspectant la fidélité des Égyptiens, visita avec une feinte sécurité la ville d'Alexandrie et ses fortifications, se livra en même temps à de voluptueux festins, et voulut paraître épris des charmes de ces lieux, au point de s'abandonner aux habitudes et au genre de vie des Alexandrins; et, tout en dissimulant ainsi, il fit venir des renforts et s'assura de l'Égypte.