6 Ventidius, dans la guerre contre les Parthes, qui avaient pour chef Pacorus, n'ignorant pas qu'un certain Pharnée, de la ville de Cyrrhus, et du nombre de ceux qui passaient pour alliés des Romains, informait l'ennemi de tout ce qui se passait dans leur camp, sut mettre à profit la perfidie de ce barbare. Il feignit de craindre les événements qu'il désirait le plus, et de désirer ceux qu'il redoutait. Ainsi, craignant que les Parthes ne franchissent l'Euphrate avant qu'il eût reçu les légions qu'il avait en Cappadoce, au delà du Taurus, il agit si habilement avec ce traître, que celui-ci, avec sa perfidie accoutumée, alla conseiller aux ennemis de faire passer leur armée par Zeugma, comme par le chemin le plus court, et parce que l'Euphrate y coulait paisiblement, n'étant plus encaissé dans ses rives. Ventidius lui avait affirmé, disait-il, que si les Parthes se dirigeaient de son côté, il gagnerait les hauteurs, pour éviter leurs archers, tandis qu'il aurait tout à craindre s'ils se jetaient dans le plat pays. Trompés par cette assurance, les barbares descendent dans la plaine, et, par un long détour, arrivent à Zeugma[19]. Là, les rives du fleuve étant plus écartées, et rendant plus pénible la construction des ponts, ils perdent plus de quarante jours à en établir, ou à mettre en oeuvre les machines nécessaires à cette opération. Ventidius profita de ce temps pour rassembler ses troupes, qui le rejoignirent trois jours avant l'arrivée des Parthes, et, la bataille s'étant engagée, Pacorus la perdit avec la vie.
7 Mithridate, cerné par Pompée, et se disposant à fuir le lendemain, alla, pour cacher son projet, faire un fourrage au loin, jusque dans les vallées voisines du camp des ennemis; et, afin d'écarter tout soupçon, il fixa au jour suivant des pourparlers avec plusieurs d'entre eux. Il fît encore allumer dans tout son camp des feux plus nombreux qu'à l'ordinaire. Puis, dès la seconde veille, passant sous les retranchements mêmes des Romains, il s'échappa avec son armée.
8 L'empereur César Domitien Auguste Germanicus, voulant surprendre les Germains, qui étaient en révolte, et n'ignorant pas que ces peuples feraient de plus grands préparatifs de défense, s'ils se doutaient de l'approche d'un si grand capitaine, partit sous le prétexte de régler le cens dans les Gaules. Et bientôt, fondant à l'improviste sur ces peuples farouches, il réprima leur insolence et assura le repos des provinces.
9 Claudius Néron, désirant que l'armée d'Hasdrubal fût détruite avant que celui-ci pût opérer sa jonction avec son frère Hannibal, se hâta d'aller se réunir à son collègue Livius Salinator, qui était opposé à Hasdrubal, et dans les forces duquel il n'avait pas assez de confiance; mais, afin de cacher son départ à Hannibal, qu'il avait lui-même en tête, il prit dix mille hommes d'élite, et ordonna aux lieutenants qu'il laissait d'établir les mêmes postes et les mêmes gardes, d'allumer autant de feux, et de donner au camp la même physionomie que de coutume, de peur qu'Hannibal, concevant des soupçons, ne fit quelque tentative contre le peu de troupes qui restaient. Ensuite, étant arrivé par des chemins détournés en Ombrie, près de son collègue, il défendit d'étendre le camp, pour ne donner aucun indice de son arrivée au général carthaginois, qui eût évité le combat, s'il se fût aperçu de la réunion des consuls[20]. Ses forces ayant donc été doublées à l'insu d'Hasdrubal, il attaqua celui-ci, le défit, et, plus prompt qu'aucun courrier, revint en présence d'Hannibal. Ainsi, des deux généraux les plus rusés de Carthage, le même stratagème trompa l'un et anéantit l'autre.
10 Thémistocle avait exhorté ses concitoyens à reconstruire promptement leurs murailles, que les Spartiates les avaient obligés à démolir[21]. Ceux-ci ayant envoyé des députés pour s'opposer à l'exécution d'un tel dessein, il leur répondit qu'il irait lui-même à Sparte, pour détruire leurs soupçons, et il s'y rendit. Là, il simula une maladie, dans le but de gagner un peu de temps; et, lorsqu'il s'aperçut qu'on se défiait de ses lenteurs, il soutint aux Spartiates qu'on leur avait apporté un faux bruit, et les pria d'envoyer à Athènes quelques-uns de leurs principaux citoyens, auxquels ils pussent s'en rapporter sur l'état des fortifications. Puis il écrivit secrètement aux Athéniens de retenir les envoyés de Sparte jusqu'à ce que, les travaux terminés, il pût déclarer aux Lacédémoniens qu'Athènes était en état de défense, et que leurs députés ne pourraient revenir qu'autant qu'il serait lui-même rendu à sa patrie. Les Spartiates acceptèrent facilement cette condition, pour ne pas payer par la mort d'un grand nombre celle du seul Thémistocle.
11 L. Furius, s'étant engagé dans un lieu désavantageux, et voulant cacher son inquiétude, pour ne point jeter l'alarme parmi ses troupes, se détourna peu à peu en feignant de s'étendre pour envelopper l'ennemi; puis, par un changement de front, il ramena son armée intacte, sans qu'elle eût connu le danger qu'elle avait couru.
12 Pendant que Metellus Pius était en Espagne, on lui demanda un jour ce qu'il ferait le lendemain; il répondit: «Si ma tunique pouvait le dire, je la brûlerais,»[22]
13 Quelqu'un priait M. Licinius Crassus de dire quand il lèverait le camp: «Craignez-vous, répondit-il, de ne pas entendre la trompette?»[23]
II. Épier les desseins de l'ennemi.
1 Scipion l'Africain, ayant saisi l'occasion d'envoyer une ambassade à Syphax, députa Lélius, et le fit accompagner de tribuns et de centurions d'élite, qui, déguisés en esclaves, étaient chargés de reconnaître les forces du roi. Afin d'examiner plus facilement la situation du camp, ils laissèrent à dessein échapper un cheval, et, sous prétexte de chercher à l'atteindre, parcoururent la plus grande partie des retranchements. D'après le rapport qu'ils firent, on incendia le camp, et la guerre fut ainsi terminée.