Mais, ce matin de septembre où tu arrivas à l'improviste, et où je t'enveloppai d'un regard dont tu portas en toi la sensation jusqu'à ta dernière heure, tu me dis "Je ne t'avais pas vue... maintenant je suis à toi."
De loin, tu m'avais trouvée grande, mais il fallait que tu visses mon visage enflammé et mes yeux rayonnants pour te sentir vaincu: c'est ainsi, c'est ainsi.
"Pardonne-moi", murmurai-je, non ce jour-là, mais plus tard, la première fois que nous nous baisâmes. "Pardonne-moi", répétai-je deux ou trois fois, mais tu n'entendais pas, ivre de joie.
Moi-même, je ne savais pas pourquoi cette parole montait du fond de mon être. Peut-être plus qu'à toi, c'est à moi que je demandais pardon.
Ton visage était clair et il y avait des flammes dans tes cheveux et pour la première fois je trouvai belle l'ardeur virile--une fervente lumière d'été semblait émaner de ton corps jeune et souple, tandis que tu jouissais de m'éteindre, puis la volupté développant sur ton sourire une gravité mortelle, ce fut comme si tu me donnais ta vie--je te tins sur ma poitrine, je te contemplai mien--oh! je te sentis cher avec une douceur, avec une tendresse infinies, mais l'échange parfait de l'offrande ne s'était pas produit, l'extase parfaite n'était pas descendue en moi...
Te simulai-je la félicité que je n'éprouvais pas, ou simplement gardai-je le silence! Ou avais-je sur mon visage le reflet de ton ivresse? peut-être ne me demandas-tu rien.
Tu me remerciais, soumis et superbe, comme si je t'avais seulement alors donné la preuve de mon amour, seulement en enlaçant mes membres aux tiens.
Vie, à chaque voile que ma main détache de toi, tu restes encore voilée, et mes yeux, dans leurs vastes orbites, sous le grand arc de mon front, cherchent de plus en plus à voir, sans te déchirer, quelle chose tu es, chaque fois en vain, vie, jours tous à souffrir, voiles tous à soulever, mystère qui veux être reconnu par chaque goutte de mon sang tant que mes veines battront!
Il me remerciait. Je lui demandais pardon. Nous étions jeunes, tous deux de nature candide, enfants de l'alpe, enfants du rêve. Nous exprimions irrésistiblement, chacun pour soi, sa nue vérité en ce murmure presque imperceptible parmi les baisers. Nous étions des enfants candides.
Il n'est pas question de refaire le destin.