"J'ai le coeur gonflé d'un orgueil immense: je ne me suis jamais senti aimé ainsi par une personne contre tout son être."

Orgueil, déchirement, résignation, attente.

"Et moi aussi, je vous aime. Mais je ne remuerai pas un doigt pour vous conquérir. Vous viendrez."

Puis, soumis, haletant:

"Non, non, qu'il en soit comme vous déciderez. Vous ne pouvez pas vous tromper. C'est la première fois que je me trouve devant une femme qui est peut-être plus grande que moi, et je n'en éprouve pas d'humiliation, mais un sentiment d'infinie douceur. Je ne vous demande rien; peut-être ne désire-je rien. Je vous regarde agir. Ce que vous ferez sera beau, même si cela ne répond pas à votre véritable loi. Et surtout, travaillez et ne parlez pas de la mort... Cette nuit, à plat ventre sur le carreau de ma chambre, je l'ai encore invoquée, moi qui l'ai vue tant de fois m'appeler insidieusement. Mais je vous promets que je serai fort. Tant que resplendira dans ma mémoire le souvenir de cet instant vécu à la Villa d'Este, je ne demanderai rien de plus..."

Bonheur, chose divine, comme une divinité, chose dure et sévère!

Comme la splendeur du soleil, comme le silence d'un brin d'herbe, comme un lointain d'océan, divine et terrible chose à supporter!

La femme sanglote.

Elle n'a pas un instant d'hésitation, de doute, d'ombre. Elle est dans le creux d'une main.

Sommeil sur quoi je veillai, jeunesse que je contemplai s'assoupir, calme sur mon sein après une nuit d'ivresse suprême, créature, dans mes bras endormie, créature de mon âme, jeunesse du monde respirant suavement dans le sommeil, après avoir été foudroyée par une lumière d'éternité, sommeil sur quoi je veillai, en posture d'adoration...