Qui a imaginé deux amants couchés ainsi, l'un veillant l'autre, après avoir dit adieu à leur amour en pleurant?

En quelle nuit, au souffle de quelle immense passion, au delà du firmament?

Invisible, Insatiable, Volonté, Vérité, Force, quel que fût son nom, comme je l'adorai, après l'avoir subie! Comme je l'avais entendue, j'avais moi-même été pleine de férocité et pleine de pitié, exécutrice et consolatrice, ivre et lucide, miroir et fantôme, et les heures, comme vagues à marée haute, avaient chanté, alternées... Les heures avaient mêlé gémissements désespérés et regards radieux, horreur et victoire, ses cris et les miens; elles avaient vu encore une fois s'unir nos membres haletants, nos corps qui s'étaient plu. Jeunesse, mon premier aimé, doux bras dont je dois arracher ma chair qui commençait à peine à apprendre la joie! Mourir, mourir! On ne peut, il faut se dépouiller de ce désir de consomption: oh! volupté! il faut vivre, la vie est plus cruelle que la mort; oh! lèvres que je ne baiserai jamais plus, yeux qui ne me verront jamais plus renversée et riante! Et ton coeur, ton coeur d'enfant qui m'écoute et devient homme! Tu es, toi qu'aujourd'hui j'abandonne, celui que j'ai tant attendu! Aujourd'hui que tu ne peux plus rien pour moi, je te rejette pour toujours loin de moi comme une chanson finie... La vie nous veut créateurs, comprends-tu? Elle monte et nous soulève. On ne sait plus si l'on jouit ou si l'on souffre. Elle veut qu'on se rebelle et en même temps qu'on s'incline. De même qu'on se donne puis qu'on se reprend pour que ne devienne pas mensonge ce qui a été vérité, que ne se traîne pas livide ce qui est né ardent... Oh! noeud de nos vies, sa dernière flamme est la plus haute. Nous nous sommes trouvés sur la terre pour nous faire éprouver l'un à l'autre cette souffrance, féconde plus que nul délice. Pour défier le vertige sur cette cime très haute. Tout est loin, et aussi ce qu'on a décidé: tout est petit en comparaison de cette notre ultime étreinte, de la force qui, de moi est passée en toi, du sommeil que tu cueilles sur mon coeur, ô mon enfant...

Sommeil sur quoi je veillai. La mer chantait. Immobile, j'adorais et je pleurais. Une de mes larmes tomba sur son front; il ouvrit les yeux et dit: "Elle est chaude comme du sang. Tu m'as marqué pour toujours. Je te bénis!"

LE NOM

L'Humilité m'environne.

Profonde comme les ombres violettes dans la vallée couronnée de nuages d'argent.

Je suis née au milieu d'août, dans le Piémont. Mais peut-être au ciel, en ce mien premier matin, se tenaient suspendus de grands fantômes blancs et, dans la campagne d'Assise, où ma mère avait passé jeune épousée dans le clair vallon fleuri où je voudrais mourir, peut-être toute la suavité de la terre se vêtait de violettes.

Humilité, sentiment de femme, vraiment sentiment maternel. Sommet de l'être qui s'est exprimé en toute sa puissance et s'est transmis. Victoire extatique! Si l'orgueil fut nécessaire, ah! triste chose! maintenant, il a disparu. Les ailes inquiètes de l'âme se reploient.

"Je suis à vous," écrivis-je à André; "mais n 'allez pas vous tromper, aimez-moi dans la vérité, quelle qu'elle soit."