Je suis seule, nul souffle que le mien n'agite la flamme de cette petite lampe.
Dehors, dans l'obscurité, quelque chose s'efface, meurt petit à petit.
Egalement éloignées de moi la mort et la vie, si enfin je parle.
Mais comme si cette heure, toutefois, était ma dernière heure.
Comme si je ne devais jamais plus me retrouver neuve sous la caresse de l'air.
C'est notre heure, ô mon fidèle, heure immobile, comme les eaux, là-bas, à travers les joncs où les étoiles reposent.
LES AILES
Je prends ma force et je prends ma peine et mon anxiété.
Qui m'a fait si forte?
Si longtemps, j'ai cru que c'était un miracle; je savais avoir en moi des éléments en guerre: la douceur de ma mère et la violence de mon père, la craintive mélancolie de l'une et la rebelle hardiesse de l'autre, le désir de chanter à voix basse pour moi seule, et celui d'agir au milieu du monde, instinct de soumission et instinct de conquête, en opposition perpétuelle: dans tout cela, je ne voyais que raisons de faiblesse. Mes parents se sont trompés en s'unissant, me disais-je, la cause du mal que je porte en moi sans remède est dans la diversité de leurs tempéraments. Et si, malgré le mal, il y a en moi tant d'incroyable valeur, me disais-je, il s'agit là d'un prodige qu'il est vain de sonder.