Ils se regardaient alors, avec un air de complicité, ils se haïssaient, mais se reconnaissaient complices devant mon coeur forcené.

Consternés, ils sentaient la réalité de mon double délire, de mon double déchirement, la puissance de mon esprit qui s'en enveloppait; puis quelque aspect de mon visage, un trait, un rien, une attente indicible des veines, les reconduisait à nier--ah ! l´horreur, pour moi, de cette identité d´accent!

-- "Non, disaient-ils, tu ne peux pas nous aimer tous les deux, c´est une absurdité monstrueuse, tu es à tenir dans le creux d´une main..."

André!

Qu´il m´entende, si ma voix le rejoint.

Il était tout en ombre.

Avec ses épaules courbées, qui paraissaient attester qu´elles avaient déjà fait tout l´effort dont elles étaient capables.

Je les vis regarder la mort et y répugner, la force astrale, le signe silencieux.

Je me rappelais la cruauté aiguë avec laquelle ses yeux avaient fixé l´espace quand je lui avais dit que je retranchais Félix de ma vie. Et ces mêmes pupilles ne s´étaient donc jamais posées sur quelque arbuste fleuri en un décor précoce ou sur quelque buisson de roses éperdu dans la chaleur de l´été, fragiles existences végétales pleines de pensée!

Un rire convulsif aussi s'insinuait dans le secret de mon âme, désolé plus que tout sanglot, me détachait, m´éloignait, rire voilé, spiritualisé, tandis que ces deux êtres que j´aimais se disputaient ce qui semblait ne devoir jamais s´arrêter, mes larmes impudiques.