Plus d´un fut, envers toi--et envers lui-même ?--sans pité. Il te dit "Va sur tes jambes, chemine, tu sais aller seule, va!" Plus d´un, qui avait eu des sourires enchanteurs au son de ta voix, et la joie avait été belle dans vos regards, la seule chose encore qui existait en dehors de l'unique étreinte de feu.

"Pars, travaille".

Le viatique, oui. Ce qu'on ne donne pas aux autres femmes, l'adieu.

Il y en eut un qui te couvrit le front, sur ton front tira les boucles de tes cheveux murmurant: "Il est trop vaste."

Mais toi-même, un hiver, en une ville de noir brouillard--le froid piquant mettait autour de tes yeux des ombres encore jamais vues--ne te lamentas-tu pas devant un miroir? La vie que tu n'avais pas redoutée transformait ton visage, qui avait été de roses, en pierre, et y laissait en grand artisan, un frisson d'éternité.

Tu crias vers celui qui péchait de peur. Avec la poitrine qui te faisait mal, tu crias que ce n'était pas toi qui étais trahie, mais que c'était l'Amour. Tu connus la silencieuse et impuissante réalité de celui qui fuyait ton aspect de volonté et de lumière, ton insoutenable regard.

L'un retournait aux petites femmes qui, de leurs lèvres rouges disent des mots honteux--ne te montra-t-il pas écrites les paroles de l´une d´elles, et ne te sembla-t-il pas assister, contrainte... ? Et pourtant, vous étiez entourées de statues, créées, ébauchées par son pouce, une atmosphère de travail, l'inquiétude de la matière transformée en vie.--Un autre se renfermait dans une haineuse ironie.

Dons que je n´eus pas, ruse, astuce, habileté! Vertus subtiles qui me manquâtes ! Parfois, j´en viens à vous désirer, à chercher si jamais vous avez été, inertes, dans ma substance, si jamais, avec la force même de mes passions qui ne veulent pas se résigner, je pourrais vous susciter à leur secours, pour leur victoire. Ingénuité suprême, ô mon âme exilée de je ne sais quels plus arides rivages, âme qui as des ailes, mais non pas d´armes, destinée à planer sur toutes tes faillites...

Personne jamais n´a sacrifié rien pour moi.

Petite qui s´appelait Rina. Comme si j'avais encore son visage et son pur pressentiment d'adolescente, ma vie est libre du poids de quelque bien qui eût coûté à quelqu'un un renoncement vrai ou faux. Ni une épouse ni une maîtresse, ni un vice ni une théorie. Et personne ne s'est tué ou n'a tué pour moi, même en sentant en son coeur qu'un crime ainsi commis aurait peut-être été sanctifié.