N'as-tu rien à jeter au feu?

Ce n'est pas moi qui te le demande, c'est la Vie.

Je n'ai plus rien à te dire. Je me sens lasse, moi, à présent. Et il me semble--c'est étrange--que si le miracle ne se produit pas, je n'en souffrirai pas; seulement, je m'endormirai, immédiatement, profondément.

Tout est remis entre tes mains.

Y a-t-il du soleil, aujourd'hui, sur vos prés?

Ici, la lumière éclate sur les rochers.

Tu vas le chercher, tu le prends par la main, vous vous dirigez vers la colline. Tes yeux sont devenus plus larges, mais tu les tiens tournés contre terre et, en marchant ainsi, tu lui parles. Tu ne lui dis encore rien de ma lettre. Tu lui demandes si je ne lui ai plus écrit, et ta voix, toi-même, tu la sens changée. Lui se penche pour voir ton regard, mais tu continues à le lui cacher. Tu lui dis que la nuit passée tu as fait un rêve qui ne peut te sortir de l'esprit. Dans ce rêve, je passais, avec quelques années de plus, et je te parlais, et je lui parlais, et je vous tutoyais tous deux, et nous souriions tous, un peu graves.

D'un mouvement brusque, il te soulève le menton. Ton front, le fond de tes pupilles, tout ton visage a une clarté nouvelle. Tu ressembles, à présent, à ta fille aînée, à ce qu'elle sera quand elle sera femme, votre première fille, celle qui a son regard, à lui.

Et tu lui fais signe que oui, que tu es sa créature, que c'est lui qui t'a faite ainsi.

Tu lui dis que tu es forte, qu'il ne craigne rien pour toi, qu'il parte, qu'où que ce soit qu'il aille, qu'avec qui que ce soit qu'il se trouve, tu lui donneras toujours de tes nouvelles et de celles de ses filles. Tu lui dis que, de loin aussi, tu l'aimeras et le feras aimer d'elles, que tu veux maintenant continuer à grandir, toi aussi, que ton âme a besoin de se préparer pour quand il reviendra.