Vers la fin de la seconde semaine, ma maladie subit une crise, et le danger fut écarté.
Je commençais à me lever, quand un matin la porte s’ouvre, et je vois entrer tout joyeux le surintendant, Schiller et le médecin. Le premier court à moi et me dit : « Nous avons la permission de vous donner Maroncelli pour compagnon, et de vous laisser écrire une lettre à vos parents. »
La joie m’ôta la respiration, et le pauvre surintendant qui, dans un élan de bon cœur, avait manqué de prudence, me croyait perdu.
Quand je repris mes sens, et que je me souvins de la nouvelle que j’avais entendue, je priai qu’on ne me fît pas attendre plus longtemps un si grand bonheur. Le médecin y consentit, et Maroncelli fut conduit dans mes bras.
Oh ! quel moment ce fut ! « Tu vis ? nous écriâmes-nous réciproquement. Mon ami ! mon frère ! quel jour fortuné il nous est encore donné de voir ! Dieu en soit béni ! »
Mais à notre joie, qui était immense, se joignait une immense compassion. Maroncelli devait être moins frappé que moi, en me trouvant dans un aussi grand état de dépérissement que je l’étais : il savait quelle grave maladie j’avais faite. Mais moi, bien que je songeasse à ce qu’il avait souffert, je ne me l’imaginais pas aussi différent de ce qu’il était auparavant. Il était à peine reconnaissable. Ces traits, jadis si beaux, si florissants, étaient consumés par la douleur, par la faim, par l’air malsain de son ténébreux cachot !
Toutefois, nous voir, nous entendre, être enfin inséparables, nous consolait. Oh ! combien de choses avions-nous à nous communiquer, à nous rappeler, à nous répéter ! Quelle douceur dans nos plaintes mutuelles ! Quelle harmonie dans toutes nos idées ! Quelle satisfaction de nous trouver d’accord en fait de religion, de haïr l’un et l’autre l’ignorance et la barbarie, mais de n’avoir de haine pour personne, et d’avoir commisération des ignorants et des barbares, et de prier pour eux !
CHAPITRE LXXV
On m’apporta une feuille de papier et une plume, afin que j’écrivisse à mes parents.
Comme en principe la permission avait été donnée à un moribond dont l’intention était d’envoyer à sa famille le dernier adieu, je craignais que ma lettre, ayant une tout autre allure, ne fût plus expédiée. Je me bornai à prier avec la plus grande tendresse mes parents, mes frères et mes sœurs, de se résigner à mon sort, leur protestant que j’y étais moi-même résigné.