Je me réveillai un peu soulagé, et, voyant Schiller et Kral près de moi, je leur pris les mains et je les remerciai de leurs soins.
Schiller me dit : « Mon œil est exercé à voir des malades ; je parierais que monsieur ne mourra pas.
— Ne vous semble-t-il pas que vous me faites une mauvaise prédiction ? dis-je.
— Non, répondit-il ; les misères de la vie sont grandes, c’est vrai ; mais celui qui les supporte avec grandeur d’âme et humilité gagne toujours à vivre. »
Puis il ajouta : « Si monsieur vit, j’espère qu’il aura dans quelques jours une grande consolation. Il a demandé à voir M. Maroncelli ?
— Je l’ai demandé tant de fois, et en vain ; je n’ose plus l’espérer !
— Espérez, espérez, monsieur ! et renouvelez la demande. »
Je la renouvelai en effet le jour même. Le surintendant me dit également que je devais espérer, et il ajouta qu’il était vraisemblable que non seulement Maroncelli pourrait me voir, mais qu’il me serait donné comme infirmier, et ensuite comme inséparable compagnon.
Comme tous les prisonniers d’État que nous étions, nous avions plus ou moins la santé ruinée, le gouverneur avait demandé à Vienne la permission de nous mettre tous deux à deux, afin que l’un servît d’aide à l’autre.
J’avais aussi demandé la faveur d’écrire un dernier adieu à ma famille.