« Il ne s’agit pas ici du frivole intérêt de quelque personne étrangère, il s’agit de nous-mêmes et de notre tout. L’immortalité de l’âme est une chose qui nous importe si fort, et qui nous touche si profondément, qu’il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l’indifférence de savoir ce qui en est. »

Une autre inscription disait :

« Je bénis la prison, parce qu’elle m’a fait connaître l’ingratitude des hommes, ma misère et la bonté de Dieu. »

A côté de ces humbles paroles, étaient les plus violentes et les plus orgueilleuses imprécations de quelqu’un qui se disait athée, et qui se déchaînait contre Dieu, comme s’il eût oublié avoir dit qu’il n’y avait pas de Dieu.

Après une colonne de pareils blasphèmes, en venait une d’injures contre les lâches, ainsi les appelait-il, que l’infortune de la prison rend religieux.

Je montrai ces infamies à un des guichetiers, et je lui demandai qui les avait écrites. « Cela me fait plaisir d’avoir trouvé cette inscription, dit-il. Il y en a tant, et j’ai si peu le temps de les chercher. »

Et, sans plus de réflexions, il se mit à gratter le mur avec un couteau pour la faire disparaître.

« Pourquoi cela ? dis-je.

— Parce que le pauvre diable qui l’a écrite, et qui fut condamné à mort pour homicide avec préméditation, s’en est repenti et m’a fait prier d’avoir cette charité.

— Dieu lui pardonne ! m’écriai-je. Quel homicide était le sien ?