— Que voulez-vous dire ?
— Que nous avons ordre de vous transférer dans une autre chambre.
— Pourquoi ?
— Quelque autre gros oiseau a été pris, et cette chambre étant la meilleure… monsieur comprend bien…
— Je comprends : c’est la première halte des nouveaux arrivés. »
Et ils me conduisirent du côté opposé de la cour. Mais, hélas ! ce n’était plus au rez-de-chaussée, et je ne pouvais plus causer avec mon petit muet. En traversant cette cour, je vis ce cher enfant assis à terre, étonné, chagrin ; il comprit qu’il me perdait. Au bout d’un instant il se leva, accourut à ma rencontre. Des guichetiers voulaient le chasser ; je le pris dans mes bras et, tout sale qu’il était, je le baisai et le rebaisai avec tendresse, et je me détachai de lui, — dois-je le dire ? — les yeux inondés de larmes.
CHAPITRE IX
Mon pauvre cœur ! tu aimes si facilement et si chaudement, et à combien de séparations, hélas ! n’as-tu pas été déjà condamné ! Celle-ci ne fut certainement pas la moins douloureuse ; et je la ressentis d’autant plus que mon nouveau logement était des plus tristes. Une mauvaise chambre, obscure, sale, avec une fenêtre ayant pour carreaux non des verres, mais du papier, avec les murs souillés de sottes et grossières peintures, je n’ose dire de quelles couleurs, et, dans les endroits qui n’étaient pas peints, il y avait des inscriptions. Beaucoup portaient simplement le nom, le prénom et la patrie de quelque infortuné, avec la date du jour funeste de son arrestation. D’autres ajoutaient des exclamations contre les faux amis, contre eux-mêmes, contre une femme, contre le juge, etc. D’autres étaient des abrégés autobiographiques. D’autres contenaient des sentences morales ; il y avait ces paroles de Pascal :
« Que ceux qui combattent la religion apprennent au moins ce qu’elle est avant de la combattre. Si cette religion se vantait d’avoir une vue claire de Dieu et de le posséder sans voile, ce serait la combattre que de dire que l’on ne voit rien dans le monde qui le montre avec tant d’évidence. Mais puisqu’elle dit au contraire que les hommes sont dans les ténèbres et loin de Dieu, qui s’est caché à leur connaissance ; que c’est même le nom qu’il se donne dans les Écritures, Deus absconditus…, quel avantage peuvent-ils tirer lorsque, dans la négligence qu’il professent quant à la science de la vérité, ils s’écrient que cette vérité, rien ne la leur montre ? »
Puis, au-dessous était écrit (paroles du même auteur) :