— Soyez tranquille ; je vois que vous êtes prudent, et je le serai, moi aussi.
— Pourtant monsieur m’a traité d’imbécile.
— Vous faites bien de me le reprocher, lui dis-je en lui serrant la main. Pardonnez-moi. »
Il s’en alla et je lus :
Je suis… (et ici il disait son nom) un de vos admirateurs. Je sais toute votre Francesca da Rimini par cœur. On m’a arrêté pour… (et ici il disait la cause de son arrestation et la date), et je donnerais je ne sais combien de livres de mon sang pour avoir le bonheur d’être avec vous, ou d’avoir au moins une prison contiguë à la vôtre, afin que nous puissions parler ensemble. Depuis que j’ai appris par Tremerello, — c’est ainsi que nous appellerons notre confident, — que vous, monsieur, étiez prisonnier, et pour quel motif, j’ai brûlé du désir de vous dire que personne ne vous plaint plus que moi, que personne ne vous aime plus que moi. Seriez-vous assez bon pour accepter la proposition suivante, c’est-à-dire d’alléger ensemble le poids de notre solitude en nous écrivant ? Je vous promets, en homme d’honneur, qu’âme au monde ne le saura jamais par moi, persuadé que, si vous acceptez, je puis espérer de vous la même discrétion. — En attendant, pour que vous ayez quelque connaissance de moi, je vous ferai un abrégé de mon histoire.
Suivait l’abrégé.
CHAPITRE XXXIV
Tout lecteur qui a un peu d’imagination comprendra facilement combien une semblable lettre devait électriser un pauvre prisonnier, surtout un prisonnier dont le caractère n’avait rien de sauvage, et de cœur aimant. Mon premier sentiment fut de m’affectionner à cet inconnu, de m’émouvoir sur ses malheurs, d’être plein de gratitude pour la bienveillance qu’il me témoignait. « Oui, m’écriai-je, j’accepte ta proposition, ô généreux compagnon. Puissent mes lettres te donner une consolation égale à celle que me donneront les tiennes, à celle que je retire déjà de la première ! »
Et je lus et relus cette lettre avec une joie d’enfant, et je bénis cent fois celui qui l’avait écrite, et il me sembla que chacune de ses expressions révélait une âme pure et noble.
Le soleil descendait ; c’était l’heure de ma prière. Oh ! comme je sentais Dieu ! comme je le remerciais de toujours trouver un nouveau moyen de ne pas laisser languir les puissances de mon esprit et de mon cœur ! Comme en moi se ravivait la mémoire de tous ses dons précieux !