— Elle n’en a pas épié un seul, lui dis-je en colère ; et moi, si j’en avais eu, je n’aurais pas été assez simple pour me les laisser arracher. Continuez.

— Pardon, voyez-vous ; je ne dis pas que monsieur soit simple, mais moi je ne me fiais pas à la siora Zanze. Et maintenant que monsieur n’a plus personne qui vienne lui tenir compagnie…, je me permets… de…

— Quoi ? Expliquez-vous une bonne fois.

— Monsieur me jure d’abord de ne pas me trahir ?

— Eh ! pour jurer de ne pas vous trahir, je le peux ; je n’ai jamais trahi personne.

— Monsieur dit donc vraiment qu’il le jure, hein ?

— Oui, je jure de ne pas vous trahir. Mais sachez, imbécile que vous êtes, que celui qui serait capable de vous trahir serait aussi capable de violer un serment. »

Il tira une lettre de sa poche, et me la remit en tremblant, et en me conjurant de la détruire quand je l’aurais lue.

« Restez là, lui dis-je en l’ouvrant ; aussitôt lue, je la détruirai en votre présence.

— Mais, monsieur, il faudrait répondre, et je ne puis attendre. Que monsieur fasse à son aise, seulement mettons-nous en intelligence. Quand monsieur entendra venir quelqu’un, qu’il sache que, si c’est moi, je chanterai toujours l’air : Sognai mi gera un gato. Alors monsieur n’a pas de surprise à craindre, et il peut garder dans sa poche un papier quelconque. Mais s’il n’entend pas cette chanson, ce sera un signe que ce n’est pas moi, ou que je suis accompagné. Dans ce cas, qu’il se garde de tenir jamais aucun papier caché, car ce pourrait être une perquisition ; mais, s’il en a un, qu’il le déchire avec soin et le jette par la fenêtre.