Montés sur l’échafaud, nous regardâmes autour de nous, et nous vîmes la terreur régner sur cette immense foule. Sur divers points, dans le lointain, d’autres soldats en armes étaient rangés en bataille. On nous dit qu’il y avait de tous côtés des canons avec les mèches allumées.

Et c’était cette Piazzetta, où, en septembre 1820, un mois avant mon arrestation, un mendiant m’avait dit : « C’est ici un endroit de malheur ! »

Je me souvins de ce mendiant, et je pensai :

« Qui sait si, parmi tous ces milliers de spectateurs, il n’y est pas, lui aussi, et s’il ne me reconnaît pas ? »

Le capitaine allemand nous cria de tourner vers le palais et de regarder en haut. Nous obéîmes, et nous vîmes sur la galerie un greffier avec un papier à la main. C’était la sentence. Il la lut d’une voix haute.

Un profond silence régna jusqu’à l’expression : condamnés à mort. Alors il s’éleva un murmure général de compassion. Puis succéda un nouveau silence pour entendre le reste de la lecture. Un nouveau murmure s’éleva aux expressions : condamnés au carcere duro, Maroncelli pour vingt ans, et Pellico pour quinze.

Le capitaine nous fit signe de descendre. Nous jetâmes encore une fois les regards autour de nous, et nous descendîmes. Nous rentrâmes dans la cour, nous remontâmes le grand escalier, nous revînmes dans la chambre d’où nous avions été amenés ; on nous enleva les menottes, et nous fûmes reconduits à Saint-Michel.

CHAPITRE LIV

Ceux qui avaient été condamnés avant nous, étaient déjà partis pour Lubiana et pour le Spielberg, accompagnés d’un commissaire de police. On attendait maintenant le retour du même commissaire pour nous conduire à notre destination. Cet intervalle dura un mois.

Ma vie consistait alors à causer beaucoup et à entendre causer pour me distraire. En outre, Maroncelli me lisait ses compositions littéraires, et je lui disais les miennes. Un soir je lus, de ma fenêtre, l’Ester d’Engaddi à Canova, Rezia et Armari, et le soir suivant, l’Iginia d’Asti.