Alexandrine Arnould faisant mauvais ménage avec M. A. M., le quitta et vint demeurer chez sa mère à Luzarches; elle y fit connaissance d'un nommé la N***, fils du maître de poste de l'endroit, et trouvant sans doute dans cet amant les qualités qu'elle désirait dans un mari, elle divorça pour l'épouser. Sophie blâma beaucoup l'inconduite de sa fille, et répondit à quelqu'un qui voulait l'excuser: «Une telle union me paraît un scandale; le divorce n'est que le sacrement de l'adultère.»[89]
Un poëte disait qu'il était fort difficile d'improviser en français, parce que cette langue a beaucoup de mots qui n'ont point leurs semblables pour la rime. Tel est le mot peuple, par exemple. «Ah! reprit-elle, je savais bien que le peuple n'a ni rime ni raison.»
Elle s'informait de la santé d'un riche fournisseur de sa connaissance.—Il est allé prendre les eaux de Barrège, répondit-on.—Je le reconnais bien là, dit-elle; il faut toujours qu'il prenne quelque chose.
La disette était si grande en 1795, que le peuple de Paris fut réduit à de faibles rations de pain. On chantait alors dans tous les spectacles le Réveil du Peuple. Un jour qu'à l'Opéra on demandait à grands cris le Réveil du Peuple, elle dit tout bas à un de ses amis qui criait comme les autres: «Ne l'éveillez pas; qui dort dîne.»
On parlait devant elle d'un particulier qui à une époque assez rapprochée avait donné dans tous les excès des niveleurs, et fini par amasser une fortune considérable; ce qui fit dire à l'un des assistans avec l'accent de l'indignation:—Est-il permis, grands dieux! qu'un tel homme prospère.—Sophie répartit aussitôt par cet autre vers:
Le bonheur des méchans comme un torrent s'écoule!