Garde une réserve à l'amour.

La fortune, qui jusque-là avait souri à Mlle R., lui fit éprouver ses disgrâces; l'essor brillant qu'elle avait pris, ses goûts et ses folies occasionnèrent un déficit énorme dans ses finances, et cette actrice, poursuivie par ses créanciers, fut obligée de s'expatrier; enfin l'affaire s'arrangea, les dettes furent payées, et Fanny revint à Paris, où ses talens lui valurent la réception la plus flatteuse.

Sophie, après avoir été quelque temps brouillée avec Mlle R., se rapprocha d'elle, et le comédien F. entra pour beaucoup dans le raccommodement. Cette société, tout en s'aimant beaucoup, ne renonçait point aux gaietés piquantes et saugrenues qui se présentaient. Une Dlle V., amie de Sophie, étant accouchée, fit prier cette dernière d'être la marraine de son enfant, et la proposition fut acceptée: il fallait un parrain; l'accouchée crut faire sa cour en proposant F.; Sophie répondit qu'elle ne le connaissait pas le jour. En remplacement on parla d'A. M., gendre de Sophie: «C'est, reprit-elle, un ennuyeux qui ressemble à ces vieux laquais qu'on appelle la Jeunesse.» Cette épigramme écarta encore le second parrain projeté. Enfin Sophie, après avoir réfléchi, dit: «Nous allons chercher bien loin ce que nous avons sous la main; le parrain sera Fanny;» mais comme un tel parrain ne pouvait passer, elle employa à la cérémonie son fils Camille.

Mlle Arnould se nommait Madeleine; mais elle préférait celui de Sophie, qu'elle avait choisi comme plus agréable et plus noble: c'est sous ce nom que tous ses amis la fêtaient. Voici des couplets qui lui furent adressés par A. M. avant qu'il n'entrât dans sa famille:

AIR: Qui par fortune trouvera Nymphe dans la prairie.

Amis, célébrons à l'envi

La fête de Sophie;

Que chacun de nous réuni

La chante comme amie.

Nous ne pouvons lui présenter