Mlle Allard[22], danseuse remarquable par ses folies et sa gaieté, pénétrée de douleur de la mort de son amant, M. Bontemps, déclara que de six semaines elle ne pourrait contribuer aux plaisirs du public: «Plaignons-la, dit Sophie, son BON TEMPS est passé.»
Mlle Peslin était une des plus vigoureuses danseuses de l'Opéra; elle eut beaucoup d'amans, et le marquis de F. fut un de ceux qu'elle affectionna davantage. Elle se fâcha contre Sophie, parce qu'elle avait répandu quelques propos sur son compte.—Je te prie, lui dit-elle sèchement, de ne plus parler de moi ni en bien ni en mal.—Ah! ma chère, reprit sa camarade, je ne pourrai jamais t'obéir qu'à moitié.
M. de Sartines, lieutenant de police, voulut un jour savoir le nom de plusieurs grands personnages auxquels Mlle Arnould avait donné à souper la veille; il fait venir la reine de l'Opéra et lui dit:—Mademoiselle, où avez-vous soupé hier?—Je ne me le rappelle pas, monseigneur.—Vous avez soupé chez vous?—Cela est possible.—Vous aviez du monde?—Vraisemblablement.—Vous aviez entr'autres des personnes de la première qualité?—Cela m'arrive quelquefois.—Quelles étaient ces personnes?—Je ne m'en souviens pas.—Vous ne vous souvenez pas de ceux qui étaient à souper chez vous?—Non, monseigneur.—Mais il me semble qu'une femme comme vous devrait se rappeler ces choses-là.—Oui, monseigneur, répartit Sophie; mais devant un homme comme vous je ne suis pas une femme comme moi.
Mlle Arnould ayant été détenue pendant vingt-quatre heures au Fort-l'Evêque, pour avoir répondu peu respectueusement au lieutenant de police, trouva dans cette prison un père de famille arrêté pour une dette de dix mille livres. Le désir de faire en sa faveur une bonne action lui suggéra l'idée de proposer à ses amis une loterie à cinq louis le billet, d'une prétendue chaîne, dont elle disait vouloir se défaire. Les billets furent bientôt placés; elle rassembla chez elle tous les actionnaires, et lorsqu'on fit le tirage des numéros, il sortit un billet sur lequel était écrit:
Un vieillard, pour dette arrêté,
N'avait pas la moindre espérance,
Et seule, en vain j'aurais tenté