Un homme de la cour, entiché de la métromanie, lui adressa un madrigal de sa façon. Cette petite pièce avait coûté à l'auteur beaucoup plus qu'elle ne valait. Un de ses amis ayant demandé à Mlle Arnould ce qu'elle en pensait, elle répondit: «Ces vers ressemblent aux eaux de Versailles; ils ne coulent pas de source.»


M. Dangé, fermier général, étant à l'Opéra, rencontra M. de Béranger, lieutenant général; il le prit pour un de ses amis, et lui donna un soufflet en signe de familiarité. Le traitant s'apercevant de sa méprise se sauve; le militaire veut courir après; Sophie l'arrête et lui dit: «Ah! monsieur, qu'allez-vous faire? Vous ne savez donc pas quel Dangé vous courez?»


Mlle Beaumenard, dont le luxe avait scandalisé tant de duchesses, avait la sotte manie d'avoir des amans à ses gages; elle donnait d'une main ce qu'elle recevait de l'autre, et Belcourt acheva, en l'épousant, de ruiner ses épargnes. Sophie disait à son sujet: «Il est des femmes qui regardent les amans du même œil que les cartes; elles s'en servent pour jouer quelque temps; elles les rejettent ensuite, en demandent de neuves, et finissent par perdre avec les neuves tout ce qu'elles ont gagné avec les vieilles.»


Elle eut une discussion fort vive avec un nommé Talon, violoncelle du Concert spirituel. Comme il cherchait à la molester par des sarcasmes un peu mordans, elle lui répondit: «Mon pauvre Talon, tout ce que vous dites part de si bas que cela ne peut m'atteindre.»


M. F. publia à l'âge de treize ans un recueil de poésies; sa grande jeunesse et la vivacité de son esprit lui ayant acquis de puissantes protections, il vint se fixer à Paris, et Mlle Arnould voulut être son Mécène. Ninon de Lenclos légua au jeune Voltaire, dont elle présagea la célébrité, une somme pour acheter des livres. Sophie Arnould, en s'attachant le jeune F., n'entrevit pas la carrière brillante qu'il devait parcourir; mais elle applaudit à ses talens, les encouragea, et eut toujours pour lui la tendresse d'une mère. Un jour qu'elle le priait de faire une chanson sur ses genoux, il lui répondit par cet impromptu:

Sur vos genoux, ô ma belle Sophie!