Beaumarchais n'était point aimé. Quelqu'un mit sur l'affiche de la première représentation des Deux Amis[34]: par un auteur qui n'en a aucun. Cette pièce tomba presqu'aussitôt qu'elle parut. Quelque temps après cette chute l'auteur eut la maladresse de plaisanter sur l'abandon dans lequel le public semblait laisser l'Opéra. La salle était nouvellement restaurée, et on allait y donner la reprise d'une ancienne pièce. Beaumarchais dit à Sophie:—Votre salle est très-belle, mais vous n'aurez personne à votre Zoroastre.—Pardonnez-moi, reprit-elle, vos AMIS nous en enverront.


Mlle D*** était devenue amoureuse d'un M. Levacher de Charnois, gendre du comédien Préville. C'était un bel esprit qui rédigeait le Journal des Théâtres. D***, enchantée de trouver dans ce jeune homme les agrémens de la figure et les ressources de l'esprit, goûtait dans cette liaison un charme inexprimable; mais M. de Charnois s'étant réconcilié avec sa femme, abandonna sa maîtresse. La nymphe ne put soutenir une telle rupture, et en mourut de douleur. «Mourir pour un infidèle, s'écria Sophie, voilà une mode que les actrices ne suivront pas

Quelqu'un rapportait que le médecin Chirac, interrogé si le commerce des femmes est nuisible, avait répondu:—Non, pourvu qu'on ne prenne point de drogue; mais j'avertis que le changement est une drogue.Hé bien, répartit Sophie, c'est pourtant cette drogue-là qui fait aller le commerce.


Mlle d'Albigny, pensionnaire de l'Opéra, s'était mise sur le pied des dames du bel air, et ayant donné à jouer chez elle, fut envoyée, par ordre du roi, à la Salpêtrière. A son retour cette princesse voulant être bien avec tout le monde, admit à l'honneur de sa couche le commissaire de son quartier. Quelques jours après Sophie lui demanda «comment elle trouvait la chair de commissaire? (la chère).»

Le chevalier de C. était d'une gaucherie et d'une indifférence insoutenables; on ne savait par où le prendre pour l'émouvoir. Mlle Arnould s'étant infructueusement occupée de son éducation, le congédia en disant que «c'était une cruche sans anse


J.-J. Rousseau allait en 1770 souper chez Sophie Arnould avec l'élite des petits-maîtres et des talons rouges; il avait choisi Rulhières pour conducteur, et il se trouvait souvent là en fort bonne compagnie. Voulant prouver que la plupart de nos tragédies lyriques ne doivent leurs succès qu'aux charmes de la musique, il disait:—S'il est possible de faire un bon opéra, il ne l'est pas qu'un opéra soit un bon ouvrage.Voilà pourquoi, répartit Sophie, chez nous le SON vaut mieux que la farine.