Un financier, vieux et blasé, venait de prendre à ses gages une jeune et jolie danseuse.—Comment va ton monsieur? lui demandait une de ses camarades.—Il paraît beaucoup m'aimer, répondit-elle, car il ne fait que m'embrasser. «Tant pis pour toi, répartit Sophie; qui trop embrasse mal étreint


Le marquis de Lettorière, officier aux gardes, passait pour le plus joli homme de Paris; il avait fait faire son portrait pour le donner à une actrice connue pour être moins tendre qu'intéressée. Mlle Arnould, à laquelle il le montra, lui dit: «Vous êtes beau comme l'Amour, mais votre Danaé aimerait mieux l'effigie du roi que la vôtre.»


On parlait de la prochaine représentation du Faucon, opéra comique de Sedaine. Sophie semblait n'en avoir pas bonne opinion; elle se fit presser quelque temps pour s'expliquer et déclarer les motifs de son préjugé. «C'est que, reprit-elle avec vivacité par ce vers de Boileau:

Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable.»


Mlle Allard fut la maîtresse du duc de Chartres, du prince de Guimenée, du duc de Mazarin et d'un régiment de roturiers. S'étant fait peindre par Lenoir dans l'état où parut Vénus devant le berger Pâris, quelqu'un dit que la tête de cette figure n'était pas ressemblante. «Qu'est-ce que cela fait, reprit Sophie; Allard serait sans tête que tout Paris la reconnaîtrait


Marmontel débuta dans la carrière littéraire par des tragédies et des opéras. Ses Contes Moraux, qui parurent bientôt après, lui acquirent la plus grande réputation; il y puisa le sujet de quelques jolies comédies, et l'on sait que sa pièce de Zémire et Azor est tirée d'un ancien conte intitulé la Belle et la Bête. Mlle Arnould étant allée voir jouer ce demi-opéra, elle dit à quelqu'un qui s'extasiait sur cet œuvre dramatique: «C'est la musique qui est la Belle.»